La Commission Nationale des Droits de l’Homme a livré un verdict accablant sur les conditions de détention en Gambie. La commission a révélé que les prisons surpeuplées, les infrastructures délabrées, la prolongation des périodes de détention avant procès, et les soins de santé inadéquats dénigrent les droits et la dignité des détenus.
La Commission Nationale des Droits de l’Homme a exposé une déplorable réalité suite à une tournée nationale d’inspections des prisons et de certains commissariats de police lors de la publication officielle mardi du Rapport d’Evaluation des Prisons et Commissariats de Police. Les conclusions révèlent des défaillances systématiques qui enfreignent les législations nationales et normes internationales sur les droits de l’Homme, y compris les Regles Nelson Mandela des Nations Unies et la Convention Contre la Torture.
Le rapport identifie le surpeuplement de la Prison Centrale de Mile 2 et de la Prison de Janjanbureh comme étant la préoccupation la plus imminente du pays en matière de droits de l’Homme. Un réseau d’assainissement défaillant, une infrastructure délabrée, un système sanitaire inadéquat, la faiblesse du processus de collecte et de préservation de données ainsi que les détentions prolongées causées par les atermoiements de l’appareil judiciaire accentuent et perpétuent la crise.
Les prisons doivent également faire face à un manque chronique de personnel, des programmes de réhabilitation limitées et les conditions dégradantes de travail et de vie du personnel pénitentiaire. Des facteurs qui, selon la Commission Nationale des Droits de l’homme, éreintent la sécurité et la protection des droits des détenus.
Des défaillances sanitaires et des programmes de réhabilitation inadaptés
Les services sanitaires sont profondément inadéquats en raison d’un manque de personnel médical, de médicaments essentiels et de structures spécialisées dans le traitement des troubles mentaux. Les programmes de formation pédagogique, vocationnelle, et de réhabilitation psychosociale sont inexistants ou inadaptés ; laissant ainsi les détenus sans opportunités réelles de réintégration socio-économique.
La Commission Nationale des Droits de l’Homme a également exprimé ses préoccupations regardant les lieux de détention dans les commissariats de police, où les inspections ont révélé des cellules surpeuplées, un système de ventilation inefficace, un approvisionnement irrégulier en eau et en électricité, et un réseau d’assainissement inadéquat. Un nombre important de ces commissariats de police manquent de facilites d’accueil pour les femmes et les enfants, amplifiant ainsi davantage la vulnérabilité des femmes, enfants et survivants de violences sexuelles et basées sur le genre. Dans plusieurs instances, les mineurs étaient détenus dans des environnements hostiles, où ils étaient privés d’accès à un assistant social spécialisé dans les domaines du genre ou de l’enfance.
Le rapport souligne le manque de fiabilité des registres d’arrestation et de détention, les retards que prend la justice dans l’octroi de la liberté sous caution aux détenus, l’accès limité à une représentation juridique et la faible coordination entre la police, les prisons, les procureurs et les tribunaux comme étant des facteurs contribuant grandement à des périodes prolongées de détention précédant la tenue du procès. La commission a signalé que les conditions de vie et de travail des agents de police stationnés dans les zones rurales sont encore plus précaires car ils manquent de véhicules et d’équipements logistiques essentiels.
Appel pour des réformes urgentes
En vue de résoudre tous ces défis, la Commission Nationale des Droits de l’Homme a sollicité des investissements urgents dans les services pénitenciers et commissariats de police, l’amélioration des conditions de vie et de travail des agents, et une formation du personnel de sécurité dans les domaines de la protection des droits du genre et de l’enfance. La commission a également exhorté l’appareil judiciaire à accélérer le traitement des cas de détention préventive, à vulgariser l’assistance juridique au profit des personnes vulnérables et à consolider la coordination dans le système judiciaire, et ce, afin de réduire les incarcérations inutiles.
La Commission Nationale des Droits de l’Homme a insisté sur le fait que des reformes concrètes sont indispensables non seulement afin de maintenir l’ordre publique, mais également garantir que chaque personne privée de sa liberté soit traitée avec dignité et en harmonie avec les conventions internationales de respect des droits de l’Homme.
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