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Commercialisation du pain à ciel ouvert : Une étude révèle une menace grandissante pour la sécurité alimentaire en Gambie

May 22, 2026, 2:05 PM | Article By: Par Isatou Ceesay Bah

La Commercialisation du pain à ciel ouvert dans les rues, sur les trottoirs, et dans les marchés bondés de la Gambie est l’objet d’une attention particulière suite à la publication d’un récent sondage sur la sécurité alimentaire qui révèle des risques de contamination et des pratiques hygiéniques malsaines qui sont une menace pour la santé publique.
L’enquête sur les Connaissances, Mœurs et Pratiques relative à la commercialisation à ciel ouvert du pain et la sécurité alimentaire a révélé des écarts alarmants entre les perceptions des Gambiens concernant l’intoxication alimentaire et les pratiques malsaines qui ont toujours cours dans les communautés urbaines.
L’enquête, au cours de laquelle 46 individus ont été consultés dont la plupart sont des consommateurs ainsi qu’un petit nombre de marchands de pain, était conduite par la journaliste et érudit Isatou Ceesay Bah et analysée par Hamadi Sowe, un spécialiste de la santé publique. Et bien que l’enquête ait été menée à petite échelle, les résultats dépeignent le sombre portrait d’une menace à la sécurité alimentaire devenue aux yeux des experts une réalité quotidienne dans tout le pays.
Le pain, dont se nourrissent les enfants, les travailleurs, les étudiants et familles issues de toutes les couches socio-professionnelles, demeure l’un des principaux aliments de consommation dans les ménages gambiens. Cependant, dans presque toutes les grandes villes du pays, les miches de pain sont étalées à ciel ouvert en bordure de routes poussiéreuses, transportées par bicyclette sans protection, entassées dans des brouettes, exposées dans des marchés bondés ou vendues dans des environnements envahis par la fumée, les moustiques, et dépourvus d’un système de canalisation adéquat.
Selon le sondage, le public est remarquablement cultivé sur les risques associés avec la commercialisation du pain à ciel ouvert. Les répondants ont dans une majorité écrasante identifié la poussière, les moustiques, les mains sales, la fumée émanant des véhicules, les matériels d’emballage inadéquats et le manque d’hygiène dans les boulangeries comme étant les principaux vecteurs de contamination.
Un grand nombre de participants ont également fait le lien entre ces conditions insalubres et des maladies graves telles que la diarrhée, le choléra, la typhoïde, l’intoxication alimentaire et les infections abdominales.
Selon le rapport, le degré de perception sur les risques de maladies résultant de l’intoxication alimentaire se situait entre 95 et 100%. Un chiffre qui démontre que la plupart des Gambiens comprennent les dangers liés à l’étalage de produits alimentaires à ciel ouvert.
Cependant, malgré ce haut degré de culture sur la sécurité alimentaire, les comportements pernicieux sont largement répandus.
Le sondage a également révélé qu’entre 50 à 60% des répondants achètent quotidiennement du pain vendu principalement par les marchands localisés aux abords des rues, les étals ouverts et les petits magasins où les conditions hygiéniques adéquates font souvent défaut.
Il a été découvert qu’un grand nombre de marchands confectionnent le pain à mains nues, et ce, tout en manipulant simultanément l’argent, répondant aux besoins des clients, et en travaillant aux abords de routes poussiéreuses sans gants, sans tabliers ou facilités de stockage adéquats.
Le sondage tire la sonnette d’alarme sur le fait que le pain, contrairement à un grand nombre de produits alimentaires, est particulièrement vulnérable car il est consommé directement sans cuisson additionnelle. Cela signifie que tout contamination du pain lors du transport, de l’étalage aux abords des rues ou lors de la vente affecte directement le corps humain.
Les experts en sécurité alimentaire affirment que cela pose de sérieux risques pour la santé publique, notamment dans les centres urbains densément peuplés où le niveau de pollution environnementale est élevé et les mécanismes de supervision et de régulation sont impuissants.
Lors d’une interview extensive, le Dr Edrissa Baldeh, l’inspecteur principal de l’Administration pour la Sécurité et la Qualité Alimentaires, a reconnu que cette situation constitue l’un des principaux obstacles affectant la sécurité alimentaire du pays.
« Les risques sont multiples et bien-documentés, » a déclaré le Dr Baldeh.
« Lorsque les baguettes de pain sont étalées à ciel ouvert aux abords des routes, dans les marchés ou transportées sans couverture protective, elles sont alors exposées à la poussière, aux fumées, aux insectes, et en particulier les moustiques qui transmettent des pathogènes et la manipulation à mains nues par des gens qui ne respectent pas souvent les normes hygiéniques. »
Il a révélé que la nature informelle du système alimentaire de la Gambie rend la régulation du secteur difficile car des milliers de marchands exercent leurs activités en dehors du cadre formel de supervision des structures chargées de veiller sur la sécurité de la chaine de production et de distribution.
« L’écrasante majorité des Gambiens ont accès à leurs nourritures par le biais des marchands de rue, des marchés ouverts et des magasins de quartier qui exercent leurs activités commerciales en dehors du cadre formel de régulation et de supervision, » a-t-il révélé. « Les gens peuvent installer une table ou un étalage à n’importe quel moment et vendre de la nourriture sans se conformer à la procédure règlementaire. »
Dr Baldeh a déclaré que bon nombre de marchands exercent leurs activités dans des conditions financières précaires et manquent souvent de lieux de commercialisation salubres, de matériels d’emballage appropriés, de facilités de stockage adéquats, et d’accès à l’eau potable.
« Dans plusieurs instances, les marchands sont insuffisamment informés sur les conditions requises pour assurer que leurs produits alimentaires répondent aux normes de sécurité alimentaire. Cela est l’un de nos plus grands obstacles car il est pénible pour les individus d’adopter un nouveau comportement s’ils peinent à comprendre les raisons pour lesquelles ils doivent adhérer aux normes de sécurité alimentaire, » a-t-il ajouté.
Le rapport révèle également des faiblesses structurelles plus larges au sein du système de nutrition du pays, y compris les contrôles infructueux, le manque de canalisation aux alentours des lieux de commercialisation, un système de gestion des déchets inadéquat et l’absence de structures permanentes chargées de veiller au respect des normes de sécurité alimentaire.
Les répondants ont vivement dénoncé l’utilisation abusive des journaux et matériels d’emballage inadéquats pour l’empaquetage du pain, et ont prévenu que les résidus chimiques et poussière sur ces paquetages pourrait augmenter les risques de contamination.
Approximativement 70 à 80 pourcent des répondants ont déclaré que la commercialisation du pain à ciel ouvert est une activité « très risquée » et ont convenu que les autorités compétentes doivent intervenir avant que la situation ne devienne une crise sanitaire urgente.
Le sondage a également décelé un écart troublant entre les perceptions publiques et les pratiques dans la mesure où les consommateurs et les marchands reconnaissent les risques mais persistent dans leurs comportements malsains, et cela, due à la pauvreté, aux coutumes ancestrales, à la faiblesse des structures de régulation et de supervision, et pour des raisons pratiques.
« Le maniement simultané de l’argent et des produits alimentaires est devenue une habitude pour bon nombre de personnes, » a observé Dr Baldeh. « L’étalage à ciel ouvert de produits alimentaires est également devenu une routine, mais ces pratiques sont dangereuses et incorrectes. »
Il a soutenu que bien que la précarité économique demeure une réalité, la santé publique ne devrait pas être compromise.
« Les populations devraient tout d’abord penser à la préservation de la santé publique avant de se lancer dans une activité restauratrice, » a-t-il déclaré. « L’Administration pour la Sécurité et la Qualité Alimentaires accorde la priorité à la santé publique au-delà des profits commerciaux. »