Mr Morris Tidball-Binz, le rapporteur spécial des nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, a exhorté la Gambie à procéder à une abolition totale de la peine de mort. Selon lui, le maintien de la peine de mort dans la Constitution de 1997 de la Gambie n’est pas conforme avec le droit international malgré les importantes réformes mises en œuvre.
Mr Tidball-Binz, expert médico-légal, a fait cette déclaration à la conclusion de sa visite de 12 jours en Gambie du 5 au 16 octobre 2026, dont l’objectif était d’évaluer les dispositions juridiques relatives à la préservation de la vie et du droit à la vie, ainsi que les structures mises en place pour favoriser la responsabilisation pénale des crimes commis dans le passé.
“La Gambie a abolit la peine de mort en 1993. Elle est devenue un symbole de respect et de promotion des droits de l’Homme salué par la communauté internationale,” a-t-elle déclaré.
“En 1994, après le coup d’état, elle a été rétablie, avec des assurances que cette décision serait réexaminée. Cela ne s’est jamais produit.”
Le rapporteur spécial a rappelé à la mémoire de tous les exécutions de neuf condamnés à mort en 2012. “En 2012, neuf prisonniers condamnés à mort ont été extraits de leurs cellules de la prison de Mile 2 par les junglers au cours de la nuit. Des prisonniers qui devaient être exécutés sans pitié selon les dires du président de l’époque. Mais au fait, ils ont été victimes de disparition forcée. Nul ne sait ce qui leur est arrivé. Ils n’ont pas été exécutés par les services pénitentiaires. Ils ont été arbitrairement exécutés, et leurs corps n’ont jusqu’à présent pas encore été retrouvés.”
Il a applaudi les réformes juridiques entrepris par le gouvernement actuel, notamment la promulgation du nouveau Code Pénal de 2025, qui annule la peine de mort, mais a toutefois fait remarquer que la peine de mort est toujours présente dans la Constitution de 1997 de la Gambie.
“J’exhorte la Gambie à abolir la peine de mort une bonne fois pour toute, car cela n’est pas une alternative; c’est une exigence du droit international,” a-t-il ajouté.
Mr Tidball-Binz a déclaré que la Gambie a fait des progrès remarquables depuis 2017, mais il reste encore à faire pour les familles des victimes.
Il a observé que le gouvernement a approuvé 363 sur les 365 recommandations de la Commission Vérité, Réconciliation et Réparations, dont la mise en œuvre est sous la supervision de la Commission Nationale des Droits de l’Homme. Il a salué la nomination récente du Procureur Spécial en septembre 2026 en vue du jugement par un tribunal hybride d’affaires dont la nature est jugée délicate.
Concernant les conditions de détention dans les prisons, il a révélé que des prisonniers incarcérés depuis l’avenue du nouveau gouvernement lui ont dit qu’elles ont été considérablement transformées.
“Les brimades et tortures de prisonniers n’ont plus lieu. La qualité de l’alimentation est nettement meilleure qu’auparavant,” a affirmé le rapporteur spécial des nations unies. Cela est un développement positif, a-t-il confirmé.
Concernant l’usage excessif de la force, il a énuméré des cas bien documentés, notamment l’assassinat de trois étudiants au cours de manifestations contre les opérations d’extraction de sable à Faraba Banta en 2018, ainsi que le récent meurtre d’Omar Badjie le 26 septembre 2025.
Il a déclaré que dans le cas concernant Badjie, la police a initialement affirmé qu’il est mort lors d’une tentative de fuite, tandis que des témoins ont révélé qu’il a été victime de sévices corporelles et le rapport du médecin légiste a conclu qu’il a subi un traumatisme au cerveau.
“La différence est que dans ces cas, des enquêtes ont été ouvertes, et des hauts dignitaires du gouvernement ont reconnu que des abus ont été commis. Le président lui-même s’est rendu dans le village de Faraba où a eu lieu la fusillade qui a coûté la vie aux trois étudiants pour présenter ses excuses et réconforter les familles éplorées. Des officiers de police ont été suspendus. Bien que la justice suit lentement son cours, c’est néanmoins la fin de l’impunité. Et cela envoie un message fort,” a-t-il poursuivi.
En sa qualité d’expert médico-légal, Mr Tidball-Binz a annoncé qu’il a procédé à une visite des sites funéraires et de l’unique morgue du pays à l’hôpital Universitaire Edward Francis Small.
Il a ajouté que les services d’entretien font “un travail remarquable” car la morgue est adéquatement maintenue et préservée. Cependant, il a décrié un manque d’équipements essentiels, notamment de gants et d’outils.
Mr Tidball-Binz a conclu que la Gambie est déjà un modèle, mais sera véritablement un symbole “que lorsque les attentes des familles de victimes d’abus et de disparitions forcées perpétrées par le précédent régime seront satisfaites.”