Oct 14, 2026
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Le module ‘Taye Sama’ de la Société de Financement du Logement et de la Sécurité Sociale : étendre le filet de la sécurité sociale au secteur informel de la Gambie

Oct 14, 2026, 12:58 PM 10 min read
Le module ‘Taye Sama’ de la Société de Financement du Logement et de la Sécurité Sociale : étendre le filet de la sécurité sociale au secteur informel de la Gambie

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La Société de Financement du Logement et de la Sécurité Sociale envisage une nouvelle formule pour veiller aux intérêts des Gambiens. Mes recherches indiquent que la société est présentement sur le point de lancer la phase pilote de son Module de Sécurité Sociale pour le Secteur informel, connu sous le pseudonyme de Taye Sama (“aujourd’hui et demain” en wolof et en mandinka) - la première fois en plus de quatre décennies d’existence que la Société de Financement du Logement et de la Sécurité Sociale étendra le filet de la sécurité sociale au-delà des employés su secteur formel.

Cette idée a pris forme suite à la participation du directeur général de la Société de Financement du Logement et de la Sécurité Sociale au forum de l’Association Internationale pour la Sécurité Sociale lors du Sommet Mondial de la Sécurité Sociale tenu au Maroc en 2022. Il est revenu avec un concept destiné à adapter les meilleures pratiques internationales aux réalités gambiennes. Ce concept a été approuvé tant par la direction que par le Conseil d’administration de la Société de Financement du Logement et de la Sécurité Sociale, et en août 2023, une cellule technique et un personnel administratif ont été constitués pour la mise en œuvre du concept. La Commission Technique était sous la supervision directe du directeur général.

Trois ans après, le résultat donne un programme qui sera bientôt déployé sur le terrain pour une phase d’essai avec l’approbation du conseil d’administration - un programme élaboré, créé et qui sera mis en œuvre par le personnel de la Société de Financement du Logement et de la Sécurité Sociale

Pourquoi le secteur informel est important

Pendant plus de quatre décennies, le secteur formel a été au cœur des impératifs de la Société de Financement du Logement et de la Sécurité Sociale. Cependant, ce secteur ne représente qu’une infime partie de la main d’œuvre gambienne. Le programme pilote ‘Taye Sama’ s’attaque à trois priorités stratégiques à la fois:

1) Inclusion des personnes marginalisées et vulnérables

Selon les statistiques du Bureau des Statistiques de la Gambie de l’année 2026, le secteur informel regorge de 85.8% de la main d’ œuvre gambienne. Au maximum, 14.2% des employés sont couverts par la sécurité sociale, laissant la vaste majorité - commerçants, agriculteurs, artisans, conducteurs - sans un filet de sécurité sociale en cas de vieillesse, de maladie ou de difficultés financières.

La cible 1.3 des Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’Organisation des Nations Unies demande une couverture sociale universelle d’ici 2030. Le gouvernement est engagé à étendre la couverture sociale au secteur informel à travers la Politique Nationale de Protection Sociale 2025-2035, mais les interventions pratiques sur le terrain ont été limitées. ‘Taye Sama’ est conçu pour transformer cet engagement en une politique concrète, et il met la Société de Financement du Logement et de la Sécurité Sociale au devant de l’agenda national.

 

2) Consolider le Fond pour les générations futures

Le plan de la Société de Financement du Logement et de la Sécurité Sociale a été méthodiquement élaboré en vue de garantir la longévité du fonds de retraite. A l’instar de tout fonds de retraite adéquatement conçu et mis en place, de plus en plus de membres atteignent l’age de la retraite et bénéficient des droits qu’ils ont gagnés pendant toute une vie de dur labeur. L’augmentation de la source de cotisation garantira un fond de retraite viable pour les employés actuels et les retraités de demain.

 

La direction exécute présentement une stratégie innovante en vue d’élargir et de diversifier les revenus du Fond De Retraite:

Étendre la couverture sociale au secteur informel afin d’insérer la majorité de la main d’œuvre dans la source de cotisation et augmenter les revenus

Inciter les investissements étrangers afin d’attirer des devises étrangères qui compenseront la dépréciation du Dalasi

Acquisition de domaines fonciers - Investir stratégiquement dans l’acquisition de terres en vue d’en augmenter la plus-value et tirer des bénéfices

 

De toutes ces options, le module du secteur informel est le plus innovant. En facilitant l’inclusion des 85.8% de Gambiens qui travaillent en dehors du secteur formel, ce concept permet d’élargir l’étendue du Fonds de Retraite à la majorité des travailleurs gambiens pour la première fois.

 

3) Un impact global sur l’économie nationale

Le module englobe le domaine de compétence de plusieurs ministères, dont celui de l’agriculture, du genre et des affaires sociales, de l’emploi et du commerce, de l’économie et des finances, du transport et des travaux publics. Son impact potentiel va au-delà des pensions de retraite.

 

Prenons un moment pour considérer les femmes qui s’adonnent à la culture de potagers et qui sont la cible de la phase pilote du module. Un système d’épargne structuré leur permettra de réinvestir et de booster la production. Due à l’amélioration de la qualité des routes, leurs produits pourront rapidement avoir accès aux marchés urbains, et les surplus seront exportés en Europe grâce à la facilité certifiée d’exportation ACC3 de l’Aéroport International de Banjul.

 

Les effets multiples sont considérables: une dépendance réduite sur les produits alimentaires importés, une augmentation des recettes d’exportation, et de nouvelles demandes de facilités de transport, de stockage, de traitement, d’emballage et de commercialisation en détail. Cela créera des emplois pour les jeunes et les femmes - et des sources de revenus dans les ménages qui permettront de mettre un frein à l’immigration clandestine. Au fur et à mesure que le temps passe, ces effets permettront de stabiliser le Dalasi et de réduire le taux d’inflation, et ce, tout en créant une source de cotisation au Fonds de Retraite plus large et plus résiliente.

 

Au dessus de tout, ce dispositif prône l’égalité du genre et renforce la sécurité financière des femmes, dont un nombre important porte le poids de l’éducation de leurs enfants sur les épaules. Et il a été crée pour être déployé sur toute l’étendue du territoire national.

 

Conçu et crée en Gambie: un module et un système informatique élaborés en interne

 

La particularité de ‘Taye Sama’, c’est qu’il a été intégralement conçu et créé en interne. Aucune compagnie ou société étrangère n’a été embauchée durant la phase de conception; le personnel de la Société de Financement du Logement et de la Sécurité Sociale est entièrement responsable de sa conception et de sa création, et ce, grâce à plus de trois ans d’efforts assidus, y compris durant les week-ends.

 

L’apport de l’équipe technique couvre le processus entier; de la conception au lancement du dispositif:

 

Un sondage sur le plan national, qui a conclu que 99% des acteurs du secteur informel sont désireux de joindre un système de sécurité sociale.

 

Des consultations nationales, la cellule technique a visité tous les coins et recoins du pays plus de six fois et s’est largement imprégnée des conditions de vie et de travail des femmes jardinières qui pratiquent l’horticulture.

 

Des voyages d’études programmés et menés afin d’étudier le système NPRA du Ghana et le modèle ‘haba Haba’ du Kenya; les enseignements de ces voyages d’études ont été adaptés aux réalités gambiennes.

 

Le soutien d’une large coalition de partenaires, notamment la Banque Mondiale, l’UE, le PNUD, l’Organisation Internationale du Travail, l’UNICEF, le FMI, le PAM, NSPS et l’Agence Nationale de Nutrition. Cette initiative a été fortement soutenu lors d’une réunion de coordination des partenaires tenue tenue sous l’égide du FMI.

 

Le cadre relatif au secteur informel a été élaboré en interne par la Société de Financement du Logement et de la Sécurité Sociale et validé sur le plan technique par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et l’Agence Nationale de Protection Sociale (NSPA).

 

Un système informatique de premier ordre, développé en interne

La pièce maîtresse est le système informatique Taye Sama, officiellement appelé « Système d’Information de Gestion du Secteur Informel » (ISMIS). Sous la direction stratégique de la directrice générale Saloum Malang, la direction a choisi de le développer en interne plutôt que de l’acquérir auprès d’un prestataire externe. Le résultat est une plate-forme axée sur le numérique, reposant sur une architecture moderne, sécurisée et évolutive, dont les principales fonctionnalités sont déjà opérationnelles :

 

Une inscription « hors ligne d’abord », permettant au personnel de terrain d’affilier des membres même en l’absence de connexion Internet

 

L’intégration de Wave Mobile Money pour le paiement des cotisations

 

Des reçus de paiement instantanés via WhatsApp et le portail des membres

 

Un portail en libre-service pour les membres affichant en temps réel les soldes, l’épargne, les prestations et les relevés complets

 

Des options de cotisation flexibles pour les personnes aux revenus irréguliers

 

Suivi automatisé des cotisations et des arriérés

 

Analyses de données, tableaux de bord et rapports pour faciliter les décisions de gestion

 

Un site web dédié à ce programme a également été développé en interne.

 

Le système a été présenté à la direction le 1er avril 2026 et a depuis été testé sur le terrain, notamment en ce qui concerne l’inscription, l’intégration des paiements et l’adoption par les utilisateurs. La direction le juge stable, bien adapté aux besoins opérationnels et prêt à passer à la phase de déploiement national. Comme il a été développé par des personnes qui ont participé aux consultations et cartographié elles-mêmes les échanges commerciaux, il reflète la réalité quotidienne et les modes de rémunération des travailleurs du secteur informel.

 

Des millions de dalasis économisés

 

Le développement en interne a permis de réaliser des économies substantielles. L’acquisition d’un système de ce type via un contrat externe classique est estimée à plus de 600.000 dollars américains, soit plus de 40 millions de dalasis. Le système développé en interne n’a coûté qu’une fraction de ce montant, ce qui représente une économie indicative de plusieurs dizaines de millions de dalasis.

 

La même approche a été appliquée à la conception du programme lui-même. La Société de Financement du Logement et de la Sécurité Sociale  estime que l’externalisation de ce travail à des consultants externes aurait coûté au moins 700.000 dollars américains, soit environ 51,8 millions de dalasis. Cette estimation se fonde sur une mission de conseil comparable menée au Ghana en 1997 ; le montant, aux taux actuels, serait donc probablement bien plus élevé.

 

Au lieu de cela, ces millions restent dans le Fonds, et la Société a acquis quelque chose qu’aucun consultant n’aurait pu lui léguer : un vivier de professionnels gambiens dotés d’une expertise de niveau consultant en matière de conception de structure de protection sociale et de développement de systèmes.

 

Un modèle pour la sous-région

 

Alors que le projet pilote est sur le point d’être lancé, la Société de Financement du Logement et de la Sécurité Sociale s’impose comme un leader régional dans l’extension de la protection sociale au-delà de la population active formelle. ‘Taye Sama’ montre ce qu’une institution publique gambienne peut accomplir lorsqu’elle fait confiance et investit en ses propres citoyens : un dispositif conçu localement, un système mis en place localement et des millions de dalasis qui restent dans le pays.

 

Pour les 85,8 % de Gambiens qui travaillent dans le secteur informel, le message est simple. La sécurité sociale n’est plus réservée à une minorité : elle s’étend désormais aux étals des marchés, aux exploitations agricoles, aux ateliers et à l’ensemble de la main-d’œuvre du secteur informel. (Publicité rédactionnelle)

 

 

Lamin Sidibeh écrit sur l’innovation dans le secteur public et la sécurité sociale en Afrique de l’Ouest.

 

 

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