La Haute Cour de la Gambie a acquitté Ousainou Bojang de meurtre dans la fusillade qui a coûté la vie à deux agents de la Brigade d’Intervention de la Police. La Cour a décidé que l’accusation n’avait pu prouver la culpabilité de l’accusé au-delà de tout doute raisonnable.
Sa sœur, Amie Bojang, accusée de complicité de meurtre après les faits, a également été innocentée.
Dans son verdict, le juge Ebrima Jaiteh a déclaré que l’accusation n’avait pas démontré que Bojang est le responsable du décès des agents de police Sang J. Gomez et Pateh J. Jallow, abattus au carrefour de Sukuta-Jabang le 12 septembre 2023.
Le tribunal a accepté les preuves démontrant que les agents de police ont été tués par des coups de feu car elles étaient soutenues par les rapports d’autopsie et les certificats de décès. Cependant, le juge a insisté sur le fait que l’objectif principal de ce procès ne consistait nullement à déterminer si un crime avait été commis, mais plutôt si l’accusé était l’auteur de ce crime: un point important qui, de l’avis du juge, n’a pu être prouvé.
Selon le verdict, il existait des lacunes dans le dossier d’accusation. Des témoins, y compris des agents de police qui ont déclaré qu’ils étaient sur les lieux au moment de l’incident, ont donné des versions contradictoires concernant l’identité de l’assaillant et le nombre de coups de feu tirés. La Cour a estimé que ces contradictions étaient suffisantes pour créer un doute raisonnable quant à la culpabilité de l’accusé. Le juge a également émis des doutes sur la fiabilité du processus de collecte de preuves. Un témoin clé, Ancy Jawo, qui avait été blessée par balle, a identifié Bojang sur une photo postée sur les réseaux sociaux plutôt que par vision oculaire. La Cour a statué qu’une telle preuve ne pouvait être prise en compte.
De même, la présumée confession de l’accusé, enregistrée par le témoin de l’accusation Mama Jabbi, qu’elle prétend avoir égaré, a créé des doutes. Le juge a déclaré qu’il existe des doutes concernant la manière dont l’enregistrement a été faite et inventoriée, faisant remarquer que la véracité et l’authenticité de l’enregistrement original sont mises en question car il n’avait pas nullement été préservé conformément aux meilleures pratiques d’usage.
La Cour a également noté l’absence de preuves scientifiques reliant Bojang au crime. Aucune preuve matérielle n’a été présentée pour démontrer la connexion directe entre l’accusé et la fusillade.
Le juge a signalé que Bojang bénéficiait d’un alibi qui a confirmé sa présence à Brufut au moment de l’incident. Le juge a estimé que cet alibi était authentique car soutenu par la déposition du témoin, que le procureur général n’a pas daigné contester ou contre-interroger.
Les preuves matérielles présentées par l’accusation, y compris une paire de chaussures qui appartiendraient à l’accusé, n’ont pas étayé le dossier de l’accusation. Les chaussures n’étaient pas de la pointure de l’accusé mais correspondaient plutôt à celle de son frère, et cela, selon le juge, constitue une preuve disculpant Ousainou.
La Cour a également observé qu’Ousainou a déclaré au cours de sa déposition que les témoins qui auraient été présents sur la scène du crime ont déclaré à la police qu’ils ne le reconnaissaient pas lorsqu’il a été conduit au commissariat pour identification. Le procureur général n’a pas daigné mener un contre-interrogatoire afin de contester la véracité de ce témoignage.
La Cour a jugé que l’enquête avait été inadéquate car elle n’avait pas été conduite de manière exhaustive, impartiale ou professionnelle.
Le juge a noté que des aspects critiques du dossier n’avaient nullement fait l’objet d’une enquête. Une omission qui jette le discrédit sur le dossier de l’accusation, selon le juge.
La Cour a statué, au vu des conclusions de son analyse, que l’accusation n’a pas été en mesure de prouver la culpabilité de l’accusé au-delà du seuil légalement requis pour obtenir une condamnation. Le juge a par conséquent acquitté Bojang de toutes les charges retenues contre lui et ordonné sa mise en liberté.
Sa sœur, Amie Bojang, accusée de complicité après les faits, a également été acquittée. La Cour a statué que cette accusation était invalide car le principal accusé a été acquitté.
Suite au verdict, le procureur général a déposé une demande de mise en appel de cette décision. L’avocat de la défense a demandé la mise en liberté provisoire pour son client en attendant la décision du tribunal, que la Cour a approuvée. Le juge a ordonné une caution de 50.000 dalasis pour chaque accusé, avec une sureté gambienne, et ce, pour une période de 30 jours.
Source: The Point
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