Cette situation est injuste, malsaine et nuisible à l’économie nationale, selon Mr Omar Ceesay. Lors d’une interview avec le quotidien populaire the Point, il a alerté que des mesures urgentes doivent être prises car le secteur des transports risque l’effondrement complet et les conséquences tant pour les emplois, les revenus, que pour la sécurité nationale, pourraient être catastrophiques.
Selon Mr Ceesay, les véhicules de transport étrangers en activité en Gambie affectent négativement les transports quotidiens, créant une compétition malsaine et mettant en péril les moyens de subsistance des communautés locales.
Il a soutenu que bien que la Gambie soit membre d’organismes de commerce régionaux et internationaux, les transporteurs gambiens ne profitent pas dans la pratique de la liberté de mouvement des services. « Nous ne sommes pas autorisés à exercer nos activités dans les pays voisins, cependant les ressortissants de ces pays voisins exercent librement leurs activités dans notre pays, » a-t-il déclaré, qualifiant la situation d’injuste et d’insoutenable.
Il a mentionné les restrictions imposées par les pays voisins tels que le Sénégal, la Guinée-Conakry et la Guinée-Bissau sur les véhicules de transport en provenance de la Gambie, alors que les véhicules de transport en provenance de ces pays sont autorisés à opérer, et ce, librement, dans notre pays. « Cela est injuste. La situation est identique au niveau de la CEDEAO et de la ZLECAF, » a-t-il souligné.
En vue de résoudre ce problème, Mr Ceesay a annoncé que le Syndicat des Transporteurs de la Gambie a proposé au gouvernement le contrôle et la régulation des véhicules de transport étrangers. « La proposition principale est la création d’un parc de stationnement à Basse pour les véhicules de transport étrangers, car cela limitera leurs opérations dans le pays et permettra aux transporteurs gambiens de profiter des autoroutes nationales. »
Il a révélé qu’un nombre important de véhicules étrangers transitent en Gambie mais acceptent de convoyer et de déposer des passagers dans des villes telles que Brikama, Bundung et Serrekunda. « Cela est nuisible pour l’économie nationale, » a-t-il affirmé, car les véhicules en transit ne sont nullement sujets au paiement d’impôts, entrainant ainsi des pertes pour le gouvernement.
Au-delà de la perte de revenus, Mr Ceesay a souligné les préoccupations d’ordre sécuritaire. Il s’est interrogé sur la nature des marchandises convoyées par ces véhicules de transport étrangers, ainsi que sur leurs points de dépôt et sur les mécanismes de contrôle et de supervision de ces véhicules.
Malgré toutes ces difficultés, a-t-il poursuivi, le Syndicat des Transporteurs de la Gambie estime que la mise en place d’une règlementation stricte, et non la confrontation, est la solution. Il a confirmé que le gouvernement a répondu positivement aux propositions du Syndicat des Transporteurs de la Gambie par le biais de consultations avec le Ministère des Transports, des membres du gouvernement, et même avec le Président de la République. Un Protocole d’Entente a été signé depuis lors et un comité technique a été créé en vue de sa mise en œuvre. Néanmoins, Mr Ceesay a exprimé sa frustration concernant les retards enregistrés. « Le gouvernement avance souvent très lentement. Nous avons besoin d’une prise urgente et immédiate de mesures concrètes, » a-t-il insisté.
Mr Ceesay a reconnu une amélioration de l‘environnement des transports en général comparé aux années précédentes, mais l’absence d’un cadre régulateur efficace est le plus grand défi. Il a indiqué que les lois existantes règlementant les transports en Gambie sont archaïques car elles datent de 1948. Ces lois ne sont plus propices aux réalités du transport moderne, notamment la manipulation des frais de transport et les mouvements de passagers. Une nouvelle loi sur les transports, a-t-il révélé, est en phase d’étude par le gouvernement et sera beaucoup plus moderne et inclusive.
Il a également noté ses préoccupations concernant le manque d’entretien adéquat des routes, la hausse des prix du carburant, la vétusté du parc automobile et le manque de parcs de stationnement. Le carburant, à lui-seul, représente 80 pour cent des coûts d’opération, toutefois les nouveaux prix négociés et approuvés n’ont pas encore été appliqués en dépit de la hausse vertigineuse des prix du carburant.
Mr Ceesay a indiqué qu’environ 95 pour cent des accidents routiers sont dus à une erreur humaine, notamment la conduite à grande vitesse. Il a plaidé pour l’établissement de centres de maintenance et de réparation adéquats, de critères nationaux concrets, ainsi que pour l’acquisition de nouveaux automobiles par le biais de partenariats avec les banques et bailleurs de fonds.
Dans son message aux travailleurs exerçant dans le secteur des transports, Mr Ceesay a prôné la discipline, le respect du code routier et une conduite prudente. « La route nous appartient à tous, » a-t-il affirmé, sollicitant une responsabilité collective de la part des conducteurs, des agents de police et des piétons.
En guise de conclusion, il a lancé un dernier message au gouvernement. Mr Ceesay reconnait que des progrès ont été accomplis, mais le gouvernement doit toutefois redoubler d’efforts. « La réforme du secteur des transports sera un évènement transformateur pour la Gambie, et les retards persistants coûtent des vies, des emplois et freinent le développement national. »