
Le maire du Conseil Municipal de Kanifing (KMC), Talib Ahmed Bensouda, a défendu son rôle de dirigeant et insisté sur le fait que ses fonctions sont politiques plutôt qu'administratives, lors de sa comparution devant la Commission d'Enquête sur les Collectivités Locales (LGCI), chargée d'examiner les pratiques financières et administratives des municipalités locales.
Mr Bensouda, qui occupe le poste de maire depuis 2018, a été interrogé par le conseil juridique principal Patrick Gomez sur des questions concernant la surveillance financière, des irrégularités dans les marchés publics et des questions d'audit à l'interprétation de la Loi sur les Collectivités Locales et du manuel financier qui guide les conseils.
Au cours de son témoignage, le maire a expliqué que le Conseil Municipal de Kanifing (KMC) compte 19 conseillers et sept comités, dont ceux des finances, de l'agriculture et des comptes des collectivités locales, entre autres. Il a déclaré qu'il y a six conseillers nommés représentant les jeunes, les femmes, les transports et les personnes handicapées, les nominations provenant en partie du Conseil des Jeunes et de la Fédération des Différentes Capacités. Pressé de questions pour savoir s'il avait nommé directement des conseillers, Mr Bensouda a répondu qu'il en avait nommé deux, mais qu'il ne se souvenait pas des autres.
Mr Bensouda a été interrogé sur le nombre de comptes qui existaient au moment de son entrée en fonction en 2018. Le maire du Conseil Municipal de Kanifing (KMC) a admis ne pas s'en souvenir, mais a promis de fournir cette information.
Quant à savoir s'il existait un compte spécifiquement destiné aux recettes, il a renvoyé la responsabilité au PDG, soulignant : « Le PDG est le responsable comptable. En tant que maire, je n'ai pas pour mandat de savoir quand les fonds sont retirés. Je ne le sais que par le biais des rapports. » L'avocat principal a rétorqué que le manuel financier exigeait la double supervision du PDG et du maire, mais Mr Bensouda a maintenu que le manuel n'était qu'une ligne directrice, et non une loi contraignante, et que la Loi sur les Collectivités Locales prévalait.
La question des seuils de dépenses a également été source de controverse. Selon le manuel, les paiements supérieurs à 5.000 dalasis doivent être approuvés à un niveau supérieur. Mr Bensouda a reconnu que le conseil avait adopté une résolution exigeant la supervision du maire pour les paiements supérieurs à 100.000 dalasis, mais certains conseillers ont fait valoir que ce seuil devrait être fixé à 500.000 dalasis. Le maire a insisté sur le fait que le conseil avait le pouvoir discrétionnaire de fixer des seuils en vertu de la loi, tandis que l'avocat principal a rejeté l'idée que les résolutions du conseil pouvaient passer outre les réglementations nationales.
Le maire a confirmé que le conseil municipal n'avait nommé des avocats qu'en 2019, à la suite de la démission d'un précédent avocat dont le fils avait été nommé maire. Yassin Senghore a été engagé, mais sa nomination n'a pas été soumise aux procédures habituelles de passation de marchés. Il a admis que la passation de marchés au Conseil Municipal de Kanifing (KMC) avait parfois contourné les règles de l’Administration de Passation des Marchés Publics de la Gambie (GPPA), notamment pour les services spécialisés, mais a souligné que ces questions étaient gérées par le PDG et les comités, et non par le maire. Il a été interrogé sur plusieurs marchés controversés, notamment un broyeur à marteaux d'une valeur de plus d'un million de dalasis, qui aurait été acheté sans procédure régulière. Mr Bensouda a affirmé qu'il s'agissait d'un don.
Il a également été interrogé sur le projet de clôture de la décharge de Bakoteh, pour lequel les bons de paiement indiquaient un montant de plus de 5 millions de dalasis, bien qu'il ait déclaré se souvenir avoir vu 7 millions de dalasis. Le projet de vote Eco-Tech, qui a été confronté à des problèmes de données manquantes sur les collectes quotidiennes, a également été évoqué, mais Mr Bensouda a déclaré qu'il devra « mener une enquête pour découvrir pourquoi les données n'étaient pas disponibles ».
La commission a cité plusieurs rapports d'audit soulignant de graves lacunes.
Il s'agissait notamment de paiements frauduleux de 297.941 dalasis pour les taxes en 2020, d'un solde impayé de 121.000 dalasis provenant des recettes de la collecte des déchets et d'avances non remboursées de plus de 1,2 million de dalasis entre 2018 et 2023. Les auditeurs ont également relevé plus de 253 millions de dalasis d'impôts fonciers résidentiels et commerciaux impayés, des recettes manquantes pour un montant de 186.650 dalasis dans les Recettes du Trésor Public (GTR) et des recouvrements sans précédent de la GTR qui restent inexpliqués.
Les paiements liés à Foday Joof, d'un montant total de 218.250 dalasis et qui auraient dépassé 1,3 million de dalasis, ont été remis en question, mais Mr Bensouda a déclaré qu'il devait vérifier si la question avait été résolue. Les prêts accordés au personnel pour un montant supérieur à 4 millions de dalasis qui n'ont pas été déduits des salaires, ainsi que la non-tenue de comptes de dons en 2021 et 2022, en particulier pour les fonds de secours COVID-19, ont également été soulevés.
Mr Bensouda a constamment soutenu que le PDG et le comité des finances étaient directement responsables de ces questions, mais il a promis de fournir des pièces justificatives. L'avocat principal lui a demandé s'il avait renoncé à son rôle de supervision, mais le maire a répondu qu'il y avait une « confusion » car il ne détenait nullement le pouvoir de nommer ou de révoquer le PDG. « Si vous ne pouvez nommer ou révoquer le PDG, vous ne pouvez pas exercer de fonction de supervision », a-t-il déclaré. Il a insisté sur le fait qu'en tant que responsable politique, il ne pouvait exercer simultanément la fonction de comptable, citant la Loi sur les Collectivités Locales comme référence. Le conseiller juridique principal a toutefois insisté que le manuel financier est un instrument réglementaire approuvé par le ministère et qu'il doit être respecté et appliqué.
Mr Bensouda a également fait référence à une lettre datée du 17 septembre 2018, signée par tous les maires et présidents, demandant des modifications à la Loi sur les Collectivités Locales. Parmi leurs propositions figuraient la rationalisation des rôles des maires et des présidents, l'octroi aux conseils d'une plus grande autorité sur les seuils et la garantie que les greffiers des conseils soient supervisés par les maires ou les présidents. Il a toutefois nié que la lettre abordait spécifiquement les seuils financiers, affirmant que la question n'était qu'implicite dans les appels à la rationalisation des rôles.