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Arrivée de Starlink en Gambie : Au-delà des questions de sécurité nationale, des préoccupations liées à l’aspect économique

May 19, 2026, 11:51 AM | Article By: Par Landing Ceesay

Starlink, la compagnie du milliardaire Elon Musk, est l’un des principaux fournisseurs de service internet dans le monde. Elle compte plus de 9 millions d’abonnés dans 155 pays.

Au début du mois de février 2026, Starlink a publié un communiqué de presse informant les Gambiens que la compagnie s’était acquittée d’un montant en vue de l’obtention d’un permis l’autorisant à exercer ses activités en Gambie, mais que le permis d’exploitation n’avait pas encore été délivré par le gouvernement du président Adama Barrow.

Les Gambiens ont exprimé des sentiments mitigés sur les réseaux sociaux suite à la publication de ce communiqué. Tandis que certains citoyens Gambiens ont chaleureusement accueilli cette nouvelle, d’autres citoyens Gambiens ont fait part de leur mécontentement.

Pour certains, l’arrivée de la compagnie Starlink permettrait aux Gambiens d’avoir accès à un service internet fiable, rapide et abordable comparé aux fournisseurs actuels de service internet. 

La Gambie a été plusieurs fois classée comme l’un des pays les plus onéreux en Afrique en termes d’accès à l’internet. 

La Gambie est souvent classée 8eme ou 9eme pays le plus coûteux en termes de données mobiles. Les récents rapports de 2025 indiquent un coût moyen d’environ 5.86 (432.14 dalasis) par Gigabyte, un chiffre nettement plus élevé que la moyenne régionale.

Pour le réseau fixe, la Gambie a été classée 170eme sur 179 pays dans le monde en termes de vitesse de téléchargement et de chargement en 2023. Un classement qui reflète des couts élevés et des infrastructures de mauvaise qualité. 

Cependant, pour certains d’autres, les questions de sécurité nationale ont la primauté sur une connectivité internet peu couteuse, abordable et rapide. D’où leur mécontentement de l’arrivée de Starlink sur le marché gambien.

La Constellation internet par satellite exploitée par SpaceX a été le sujet d’un grand nombre de sérieuses polémiques allant de son utilisation dans les conflits géopolitiques à son impact sur l’astronomie et la sécurité nationale.

Starlink a récemment été l’objet d’intenses critiques due à son rôle dans l’impulsion de « complexes frauduleux » en Asie du Sud-Est, notamment à Myanmar, au Cambodge, et au Laos. 

Ces complexes frauduleux, souvent dirigées par des réseaux criminels transfrontaliers, utilisent le service satellitaire pour contourner les mesures de répression locales contre la cybercriminalité et cibler des victimes dans le monde entier.


Des préoccupations liées à la sécurité nationale et à la préservation de données 

Des pays africains tels que la Namibie, l’Afrique du Sud, le Botswana, le Cameroun, et le Burkina Faso ont officiellement rejeté ou empêché Starlink d’exercer leurs activités en raison principalement de questions réglementaires, d’octroi de licences et de règles de propriété locale.

En Gambie, le permis d’exploitation n’a pas été octroyé à Starlink bien qu’ils aient déjà procédé au paiement. 

L’Honorable Lamin Jabbie est apparu sur le plateau de la chaine de télévision QTV au début de cette année. Le ministre de l’économie numérique a révélé pourquoi le gouvernement n’avait pas approuvé la demande de permis de Starlink, et ce, malgré paiement.

« J’avais été demandé en ma qualité de ministre d’autoriser l’octroi d’un permis VSAT à la compagnie Starlink. Mais j’ai refusé d’approuver l’octroi du permis, » a déclaré le ministre. 

Le ministre a été interrogé sur l’identité du requérant. Selon le ministre, l’Administration de Régulation des Services Publics de la Gambie avait procédé à une analyse exhaustive de la demande de permis, l’avait approuvée et lui avait demandé d’y apposer sa signature. Mais le ministre a refusé d’y apposer sa signature en raison de certains éléments décelés sur la demande de permis. 

« J’ai refusé d’y apposer ma signature car j’ai décelé des anomalies dans le dossier. J’avais en effet été demandé d’autoriser l’octroi d’un permis d’exploitation VSAT. J’ai alors demandé aux représentants de la compagnie si leur institution avait les compétences et équipements requis pour l’exploitation d’un permis VSAT. Ils m’ont répondu par la négative. » a -t-il déclaré.

Le ministre de l’économie numérique a poursuivi pour dire qu’il ne saurait approuver l’octroi d’un permis VSAT à Starlink alors qu’ils ne sont pas qualifiés.

Le ministre a révélé qu’il avait dû procéder à des recherches pour déterminer la nature exacte du permis qui devait leur être octroyé, l’obtenir, le signer et le donner à Starlink. 

« J’ai dû me referrer à la loi en vigueur. La loi dit que pour l’octroi d’un permis VSAT, il existe des termes et conditions à remplir. Comment pourriez-vous octroyer un permis VSAT à une entité qui ne répond nullement aux exigences requises ? Comment seriez-vous alors en mesure de superviser et de réguler une telle entité, » s’est interrogé le ministre.

Les recherches ont démontré que le permis VSAT autorise l’utilisation d’équipements de type « Very Small Aperture Terminal » (petits systèmes d'antennes paraboliques bidirectionnelles, généralement de 0,75 m à 2,4 m) destinés aux communications de données et vocales privées ou commerciales. Alors qu'une licence satellite générale est plus large, couvrant les stations terrestres plus importantes (téléports), les services de diffusion (réception uniquement) ou les opérateurs de satellites.

Cependant, une source au sein de l’Administration de Régulation des Services Publics de la Gambie a révélé au quotidien The Point que l’institution de régulation avait strictement respecté la procédure régulière concernant la demande d’octroi par Starlink d’un permis d’exploitation l’autorisant à exercer ses activités en Gambie.

Selon des sources fiables, l’Administration de Régulation des Services Publics de la Gambie a fait ses recommandations, et n’attend plus que l’approbation et la signature du ministre.

Toujours selon cette source, l’une des recommandations de l’Administration de Régulation des Services Publics de la Gambie est l’ouverture Par Starlink d’un siège dans le pays.

« Ils se sont déjà acquittés de leur paiement depuis l’année dernière et n’attendent que l’approbation du ministre des finances pour démarrer leurs opérations, » a déclaré cette source au quotidien The Point. 

Une source gouvernementale haut-placée qui souhaite rester dans l’anonymat a révélé au quotidien The Point que le pays ne dispose nullement d’une structure compétente permettant la supervision et régulation de Starlink.

« Je ne suis aucunement convaincu que le pays dispose de la structure nécessaire permettant l’introduction d’un système satellite qui fournirait un service internet. Des personnalités très puissantes œuvrent ardemment pour l’octroi par le gouvernement d’un permis d’exploitation à Starlink, mais notre pays n’est pas encore prêt pour l’introduction d’une telle technologie, » a déclaré cette source gouvernementale au quotidien The Point.

Cette source a prétendu que ces ‘personnalités’ sont des magnats du monde des affaires et des hommes politiques puissants proches des coulisses du pouvoir. 

« Je ne serais nullement surpris si le gouvernement venait à approuver l’octroi d’un permis d’exploitation à Starlink malgré l’absence d’une structure dotée de la compétence requise pour assurer leur supervision, et ce, due à ces puissantes élites. Cela pourrait poser un risque à notre sécurité nationale, » a poursuivi ce haut-dignitaire du gouvernement. 

A l’instar d’autres pays africains, la régulation de services satellitaires pose des problèmes, notamment en raison de potentiels risques d’utilisation illégale de dispositifs de suivi dans des cas d'utilisation non autorisée.

Mr Kebba Bojang, le directeur général de Gamtel, a déclaré lors d’une interview avec le quotidien The Point que Gamtel/Gamcel, les opérateurs GSM, et les autres fournisseurs de service internet, avaient été consultés par l’Administration de Régulation des Services Publics de la Gambie et le Ministère de l’Economie Digitale.

Mr Bojang a déclaré que les questions relatives à cette affaire avaient été collectivement débattues par toutes les entreprises citées. L’intérêt du pays, notamment en termes de sécurité, d’emplois, et d’obligations fiscales, avait également été pris en compte. Il est du ferme avis que le pays pourrait en tirer bénéfice si les structures et règlementations adéquates sont mises en place.

« Mais en cas d’absence d’un cadre règlementaire transparent et propice à l’arrivée de Starlink dans le pays, cela pourrait couter très cher au pays, » a annoncé Bojang au quotidien The Point

Mr Bojang a poursuivi : « Comment pourrions-nous superviser un réseau présent dans le ciel au-dessus de nos têtes mais doté d’aucune infrastructure dans le pays ? A qui devrions-nous nous plaindre pour dénoncer, empêcher, et punir les actes de cybercriminalité ? »

Mr Bojang a affirmé que ces préoccupations avaient été débattues avec l’Administration de Régulation des Services Publics de la Gambie et le Ministère de l’Economie Digitale.

 

Crainte d’un impact économique  

L’arrivée de Starlink en Gambie accroitra surement la concurrence dans l’espace numérique du pays. Cela rendra probablement l’internet moins couteux et plus abordable pour les utilisateurs.

Pour Mr Bojang, le système de communication satellite utilisé par Starlink n’est pas le même type de technologie utilisé par Gamtel/Gamcel et autres fournisseurs de service internet bien que le but ultime soit de procurer le service internet.

Mr Bojang a déclaré que Starlink veut s’introduire dans un marché relativement ‘’trop modeste’’. 

« Nous exerçons nos activités dans un marché très réduit avec une population de 2.53 millions de personnes. C’est un contexte différent des vastes marchés dans lesquels Starlink exercent déjà ses activités, notamment au Sénégal, au Nigeria et au Ghana, » a poursuivi Mr Bojang.

Mr Bojang a déclaré que l’arrivée d’une compagnie de l’envergure de Starlink dans un marché déjà ‘’saturé’’ risquerait de nuire aux intérêts des 4 autres opérateurs déjà présents sur le marché. 

Il est de l’opinion que les fournisseurs de service internet déjà présents sur le marché seront grandement affaiblis en termes de pertes de clientèle et de revenus.

Mr Bojang a déclaré que les connections sans fil et les câbles à fibre sont insignifiants par rapport au service internet que Starlink procurerait s’il leur était octroyé un permis d’exploitation. 

Mr Bojang a déclaré que les capacités de Starlink et les prix du marché seront d’un attrait indéniable pour les consommateurs, rendant ainsi la concurrence extrêmement rude pour les autres fournisseurs de service internet. Selon lui, Starlink sera en mesure de pénétrer le marché et d’absorber leurs clientèles.

« Mais nous estimons toutefois que nous pourrons défendre vaillamment nos intérêts et compétir avec Starlink sur le marché car notre service internet est de très haute qualité, » a déclaré Mr Bojang.

Un employé de la compagnie Africell, l’un des plus grands fournisseurs de service internet dans le pays, estime que l’octroi d’un permis à Starlink pourrait causer la perte de nombreux emplois. 

Cet employé d’Africell, qui souhaite rester dans l’anonymat, estime qu’il serait préférable que les fournisseurs actuels de service internet soient contraints par l’Administration de Régulation des Services Publics de la Gambie de procéder à la réduction des coûts de l’internet plutôt que d’approuver l‘arrivée de Starlink dans le pays et mettre de ce fait des milliers d’emplois en danger.

« Il est de mon avis que le gouvernement devrait accorder la plus grande importance aux milliers d’emplois générés par les opérateurs de service internet actuels. Les employés des autres compagnies, à savoir Comium, Qcell, Gamtel/Gamcel, et autres compagnies procurant un service internet sans fil aux foyers et ménages sont également concernés », a déclaré cette source au quotidien The Point

Cette source a été interrogée sur les coûts exorbitants et la lenteur du service internet dans le pays. Cette source a déclaré que l’Administration de Régulation des Services Publics de la Gambie est légalement autorisée à contraindre les fournisseurs de service internet à non seulement accroitre la rapidité du service internet, mais également à le rendre moins couteux et plus abordable.

Cependant, le Dr Ousman Gagigo, un économiste de profession, ne partage nullement cet avis. Il a déclaré au quotidien The Point que l’arrivée de Starlink dans le marché des télécommunications de la Gambie aura un impact majoritairement positif.

Le docteur Gagigo a déclaré que le service internet en Gambie est présentement lent et couteux, et l’arrivée de Starlink permettra donc d’accroitre la concurrence entre les opérateurs. Il a révélé que les fournisseurs actuels de service internet seront dorénavant confrontés à un rival offrant des connections considérablement plus rapides et plus d’alternatives aux consommateurs. 

« Les opérateurs téléphoniques et fournisseurs de service internet actuels n’auront d’autre choix que d’investir afin de se procurer des équipements de l’envergure de ceux utilisés par Starlink ou de réduire leurs prix s’ils désirent compétir et retenir leurs clientèles, » a-t-il annoncé. 

Dr Gagigo est de l’avis que Starlink ne sera pas uniquement un concurrent pour les opérateurs téléphoniques du marché local, mais que sa présence leur créera également des opportunités. Il a révélé que Starlink a permis à des opérateurs téléphoniques traditionnels exerçant leurs activités dans d’autres pays d’étendre leur réseau dans des régions auparavant dépourvues de services téléphoniques et d’internet. 

Le Dr Gagigo a également ajouté qu’en Gambie, où la connectivité 4G ou 5G est quasi-inexistante dans les contrées rurales, les opérateurs locaux pourraient se servir de Starlink pour offrir des services à leurs clients dans ces régions. Il a révélé que l’extension d’un réseau internet fiable dans toutes les régions du pays serait énormément profitable à de nombreux secteurs économiques du pays.

Dr Gagigo a déclaré que les préoccupations d’ordre sécuritaire sont légitimes, compte tenu du fait que Starlink est une compagnie étrangère avec aucune structure locale. Il a ajouté que nonobstant cela, il est nécessaire de procéder à une analyse exhaustive des risques et des bénéfices.

« Il ne serait aucunement difficile de soutenir que les bénéfices de l’arrivée de Starlink supplanteraient aisément les risques. Cependant, la Gambie est une nation très modeste et économiquement faible qui ne jouit pas de l’influence des grands pays. Lorsque les questions de sécurité nationale surviennent, l’approche la plus constructive serait pour les autorités compétentes de consulter directement Starlink en vue d’apporter des solutions à ces questions, plutôt que de leur refuser la permission d’exercer leurs activités en Gambie, » a déclaré Dr Gagigo au quotidien The Point.

Dr Gagigio a été interrogé sur l’impact que Starlink pourrait avoir sur l’économie nationale. Dr Gagigo a déclaré qu’une connectivité à haute Vitesse aura un impact significatif sur l’économie.

Selon lui, l’arrivée de Starlink facilitera le commerce electronique, créant ainsi d’innombrables opportunités pour les entrepreneurs et consommateurs.

« L’arrivée de Starlink permettra l’amélioration qualitative des prestations de service dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, et d’autres secteurs. L’arrivée de Starlink aura un impact transformateur sur la Gambie, » a-t-il renchéri. 

Les compagnies Africell, Comium, et Qcell ont toutes décliné notre appel lorsqu’elles ont été contactées aux fins de recueillir leurs commentaires. 

Le 13 Mars 2026, notre correspondant a adressé un courrier électronique à Starlink en vue de recueillir leurs observations. Mais cela est resté sans suite.