Un an après l’élection de Barrow, où en est la Gambie?

Monday, December 04, 2017

Il y a de cela un an juste, la Gambie s’était choisie un nouveau président lors d’une échéance électorale dans laquelle, même les observateurs les plus avertis ne s’attendaient qu’à une formalité de validation de ticket pour le président sortant.

Il faut dire que le scenario de l’élection avait dérouté plus d’un et aucun pronostic n’avait misé sur une telle éventualité. Une alternance inopinée qui avait suscité une euphorie et une liesse populaire épiques. Mis à part le jeu de yo-yo et la volte-face du fantasque président sortant, tout serait une fresque idyllique dont peut s’enorgueillir les Gambiens douze mois après.

Les semaines qui ont suivi cette élection auront été des plus tourmentées de l’histoire du pays. Le cauchemar fut rude pendant une période relativement courte, mais qui s’est révélé une éternité pour les Gambiens. En quelques semaines, le pays s’était quasiment vidé de ses populations, expatriées et nationales y compris pour diverses destinations: les localités frontalières pour la majorité des déplacés, Dakar et autres pays de la sous-région pour les autres.

Des moments d’incertitude, d’angoisse pour les populations et un mauvais présage pour l’économie. En quelques jours, pour un pays à l’économie extravertie, la pénurie avait gagné les rayons de petites et de grandes surfaces. Et au rythme où sont allées les choses, on se dit que le pays souffre toujours de ces séquelles. Il aura fallu un long ballet diplomatique, de sempiternelles négociations lors desquels ont été brandis à la fois la carotte et le bâton pour annihiler la frénésie du pouvoir de l’ex-président.

Un an après, on se dit que ce pays revient de très loin. Entre temps, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et le temps fait son œuvre inexorablement. Que du chemin parcouru dans une période où ont lieu énormément de choses.

Pour commémorer cette date, la coalition au pouvoir a convié ce week-end, militants et sympathisants pour un méga meeting dans la banlieue de Banjul. Et ils étaient au rendez-vous pour célébrer la nouvelle Gambie.

Meeting au cours duquel, le leader de la coalition et non moins capitaine du navire gambien s’est félicité du chemin parcouru en rendant public le plan triennal de développement du pays (un plan de redressement à dérouler de 2018 à 2021). Il sera resté un an au pouvoir pour rendre public et songer à dérouler un plan de développement élaboré pendant la crise post-électorale. Une autre manière de donner du grain à moudre aux opposants du régime qui ne cessent d’indexer la lenteur et le manque de diligence de la gouvernance Barrow. Aussi, dans sa brève intervention, le président n’a point évoqué son bilan.

Mauvais moment ou maigre bilan?

Apres douze mois, la liberté est retrouvée, la paranoïa et la schizophrénie d’alors se sont dissipées, le pays reste paisible, bon nombre d’exilés ou de personæ non gratæ pendant la tyrannie sont revenus.

Qu’il en soit ainsi ! Mais à côté de ce tableau reluisant, il existe un autre moins hédonique: une économie sous perfusion, une paix relative (d’où la présence encore des forces de la CEDEAO), une gouvernance chancelante, de faibles institutions, une crise énergétique et un chômage persistants, les nombreuses victimes attendent toujours justice, persistance de certaines pratiques sous la dictature  comme la prévarication, la concussion, le népotisme et le tribalisme etc.

Même si les lignes bougent et les choses ne sont pas statiques, mais nous pensons qu’il n y a pas de quoi pavoiser et plastronner pour le moment, quelle que soit l’origine de l’argent dépensé. Une commémoration sobre aurait suffi pour dire à l’opinion que du chemin reste encore à faire et qu’il faudra encore serrer la ceinture. En s’attaquant également aux vrais maux de la société, l’économie et le tissu social notamment. Cette “nouvelle Gambie” est celle de tout le monde.

Les autorités doivent élaborer des politiques pour améliorer le bien-être socio-économique, mais les Gambiens aussi ont leur part importante à jouer. La société civile, le secteur privé, la diaspora, l’opposition doivent constituer une philharmonie pour reconstituer le puzzle gambien. Et c’est le lieu de magnifier l’engagement de l’homme d’affaires, Muhamed Dia qui fait de la concentration (exercice de plusieurs secteurs en même temps): téléphonie mobile, agro-alimentaire, groupe de presse etc. Nous gageons qu’il fera des émules et que d’autres lui emboîteront le pas pour revenir investir. Nous gageons aussi que dans un an, pour la commémoration de l’an 2 de cette alternance historique, la situation s’améliorera beaucoup mieux dans tous les domaines.

Excellente semaine à tous.