Tuerie de Boffa: Ce que révèle l’enquête de la gendarmerie

Tuesday, January 16, 2018

On en sait un peu plus sur l’attaque de Boffa en Casamance. Il y a une dizaine de jours, précisément le samedi 6 janvier 2018, un groupe de plus d’une vingtaine de coupeurs de bois a été surpris par des éléments supposés appartenir au Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc), dans la forêt de Bayotte Est, en Casamance. Officiellement, quatorze (14) morts et sept (7) blessés ont ainsi été constatés par la gendarmerie (on parle d’un quinzième corps qui a été découvert sur les lieux du crime). Trois (3) personnes réussiront à s’échapper.

Dès l’annonce de ce drame, la Légion Sud de la gendarmerie a dépêché des éléments dans la zone de l’incident, en même temps que les sapeurs-pompiers. Une enquête est immédiatement ouverte pour comprendre ce qui s’est passé.

Du fait de la gravité et de la sensibilité des faits, le Haut Commandement de la gendarmerie nationale a envoyé la Section de recherches de Dakar sur les lieux pour appuyer les enquêteurs de la Légion Sud.

Comment les victimes ont été exécutées

Les premières auditions des témoins et autres constatations sur les victimes ont permis au Lieutenant-colonel, Issa Diack, chef de la Section de recherches, et ses hommes de savoir que les victimes sont tombées dans une embuscade tendue depuis les premières heures du 6 janvier 2018.

Elles ont été ainsi regroupées, couchées par terre et sauvagement exécutées. Tous les blessés en mesure d’être entendus ont été auditionnés, de même que les parents des victimes décédées.

22 personnes interpellées

Pour les besoins de l’enquête, un médecin légiste de l’hôpital Aristide Le Dantec de Dakar a été requis pour procéder à l’autopsie des corps sans vie. Le résultat a permis de déterminer formellement les causes de la mort, les conditions dans lesquelles les victimes ont été exécutées, le calibre et le type d’armes utilisés, note la gendarmerie.

La même source ajoute que les investigations en cours ont permis d’identifier des pistes intéressantes qui ont favorisé, à ce jour, l’interpellation de 22 personnes, toutes de nationalité sénégalaise.

Un journaliste parmi les arrêtés

Parmi la vingtaine de personnes arrêtées dans le cadre de l’enquête sur la tuerie de Boffa, figure un journaliste. Il se nomme René Capin Bassène. Il a été interpellé hier dimanche 14 janvier. Les éléments du Gign, qui ont procédé à son arrestation, l’ont pris chez lui à Kandialang (périphérie de Ziguinchor), tôt le matin.

Selon L’Observateur, qui donne l’information dans son édition de ce lundi, l’interpellation de Bassène suscite l’indignation au sein de sa famille et de l’aile politique du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc).

«René Bassène n’est pas un membre du Mfdc, il est journaliste et expert averti de la crise casamançaise, confie au journal, sous l’anonymat, un membre de l’aile politique du mouvement séparatiste. Nous avons été très tôt, ce dimanche, informés de son interpellation. Nous en prenons acte. C’est tout ce que nous avons à dire. Nous n’avons rien d’autre à déclarer.»

D’après le récit d’Odile Coly, l’épouse de René Bassène, les gendarmes ont débarqué chez eux à 5 h 30 pour escalader le mur, après avoir tapé longtemps à la porte sans obtenir de réponse.

«Nous n’avons pas ouvert parce que nous ne savions pas qui étaient ces personnes qui ne cessaient de taper à notre porte. (…) Ils ont emporté des documents et nos deux portables, raconte Odile Coly. Nos enfants, mon beau-père, sont très affectés par ce qui vient de se passer. Mon mari n’est pas un criminel.»

Le GIGN et la LGI entrent en jeu

Cette opération d’interpellation s’inscrit dans le cadre de l’enquête judiciaire en cours, note la gendarmerie. Elle a été menée sous la houlette de la légion de Gendarmerie Sud, par la Section de recherches appuyée par le Groupement d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN) et la Légion de Gendarmerie d’Intervention (LGI), déployées à Ziguinchor la veille, par voie aérienne. Les unités de l’armée nationale, en manœuvre dans la zone, ont soutenu le bon déroulement de l’opération.

Les investigations se poursuivent pour faire la lumière sur cet ignoble massacre, soutient la gendarmerie.

Author: Amadou Barry, Dakar
Source: Photo: Image d’illustration