Portrait Commémoration de l’an 13 de la disparition de Deyda Hydara

Friday, December 15, 2017

Le témoignage saisissant de Nian Sarang Jobe, témoin de l’assassinat du journaliste

Treize ans après l’assassinat de Deyda Hydara, co-fondateur du canard que vous tenez entre vos mains et un an après le départ fracassant
  de Yaya Jammeh, les lignes bougent, les langues se délient en Gambie. Nian Sarang Jobe, agente à  The Point Newspaper, témoin et victime du drame du 16 décembre 2004, où Deyda Hydara a laissé sa vie, sort de son mutisme. Cela, par la faveur de l’alternance politique. Elle raconte au Point ce jour où elle a frôlé la mort et où son destin a failli basculer.

Mme Jobe arrive pressée ce matin de décembre dans son bureau au quotidien The Point. La mise parfaite, les lunettes bien ajustées, le ton posé, s’exprimant dans un wolof gambien impeccable. Sarang Jobe, monteuse au Journal le Point est aujourd’hui la seule survivante du meurtre du co-fondateur de The Point restée en Gambie. Le deuxième témoin qui était dans le véhicule, Ida Jagne s’est exilée aux Etats-Unis après ses premiers soins en Gambie. Nian, comme l’appelle affectueusement ses collègues n’a rien oublié de cette fatidique date, elle commence à narrer son témoignage par donner les détails du drame, “ l’accident a eu lieu aux environs de 22h près de Westfield. Après la célébration de l’anniversaire du quotidien, on rentrait après une journée bien remplie avec feu Deyda Hydara.”

Elle poursuit, après la célébration de l’anniversaire, et le montage du journal pour le lendemain, elle s’est fait transporter, elle et sa collègue, Ida Jagne par son ex-employeur à bord de son véhicule. Ce jour-là, elle était assisse juste derrière le journaliste. Ils ont malheureusement été attaqués par des assaillants qui leur ont tiré dessus quelque minutes après. “Le coup fatal pour  feu Hydara, mort sur le champ”, raconte Mme Jobe.

 Selon elle, lorsque les inconnus ont tiré sur  Hydara, son véhicule a continué à rouler. Il finira sa course dans un caniveau, le long de la route de  sunkung sillah. Sur le profil robot des assaillants, elle indique, “ils étaient dans un taxi, derrière eux avec des lampes éblouissantes, essayant de rattraper le véhicule. C’est suite au ralentissement de la voiture qu’ils ont commencé à tirer sur eux”, narre-t-elle comme si c’était aujourd’hui.

Elle ne s’en est pas sortie indemne, elle a été blessée au genou gauche. Elle a échappé belle à la mort ce soir de fin d’année.  Elle sera admise à l’hôpital de Banjul pour une semaine et plus tard, elle sera transférée à l’Hôpital Principal de Dakar, où la balle a été extraite. Elle y subira des soins intensifs pendant quelque 8 mois.

Treize ans après, cette miraculeuse vit toujours les séquelles de ces blessures physiques et psychiques. Notre conversation a été interrompue par l’émotion et des trémolos dans la voix. Elle fait savoir qu’elle vit toujours avec ce traumatisme et  peur. Dans le passé, elle craignait  de révéler son identité au public. En 2009, lors du procès de la rédaction, elle a été condamnée au silence. L’ancien président Jammeh a toujours prétexté l’absence de témoins pour faire la lumière sur ce dossier. Durant la dictature, même étant dans le pays, cette quadragénaire n’osait piper mots. Aujourd’hui, elle se dit reconnaissante à Allah de lui avoir sauvé la vie pour pouvoir recouvrer toutes ses facultés et  marcher de nouveau.

Elle demande justice aux nouvelles autorités et que les coupables soient traduits devant les tribunaux.

Un an après l’alternance politique, il règne une espèce de chape de plomb sur le dossier de ce célèbre journaliste, ancien correspondant de l’FP à Banjul. Le dossier n’a toujours pas été relancé. La seule nouveauté est la décision de la Cour de la CEDEAO recommandant à l’Etat gambien d’indemniser la famille Hydara. 

Author: Amadou Barry
Source: PHOTO: Nian Sarang Jobe, témoin de l’assassinat de Deyda Hydara