Nos zones rurales, ces contrées arriérées où il fait moins bon vivre

Monday, November 27, 2017

Il est des sujets tropicaux dont on parle peu. C’est le cas de nos zones rurales et des conditions dans lesquelles vivent ses populations. Près de 60 ans après nos indépendances, fussent-elles nominales, il est piteux, l’état de certaines localités en province. Cela, même si la quasi-moitié de nos populations y vit encore selon les statistiques. À part l’asphalte, l’évolution semble s’être arrêtée dans certaines localités. On note l’absence criante de l’État, les rares infrastructures existantes sont des fruits de la coopération il y a des décennies.

L’élément rustique est toujours sujette aux préjugés. On parle d’homme “kaw-kaw”, de femme “kaw-kaw” (péjorativement personne de la campagne) pour qualifier ces personnes qui habitent dans ces lieux peu développés et qui ont une mauvaise vie semble-t-il. Ce sentiment a toujours une résonance particulière chez nous et reste plus que jamais d’actualité dans notre imaginaire. Ne ditons pas aussi péjorativement en français que quelqu’un est pauvre comme un paysan ou comme un rat d’Eglise?

Pourtant, qui de nous ne vient pas de ces zones rustiques, de façon lointaine ou non ou qui de nous  n’a pas de parents qui y habitent encore ou qui de nous n y a pas de solides attaches?

Le manque de développement est révoltant dans certaines zones rurales de la Gambie comme dans celles du Sénégal. Dans ces zones des profondeurs, l’agriculture reste toujours l’activité principale comme depuis des siècles. Le monde semble figé et le quotidien, un sempiternel recommencement selon les saisons. Pour un peu paraphraser Nicolas Sarkozy dans son allocution dite discours de Dakar en 2007. Discours considéré toujours d’ailleurs comme une insulte à l’Africain et à l’Homme noir en général. Mais ces déclarations, amères soient-elles, ont eu le mérite de nous rappeler certaines de nos manies et réalités tropicales dont on a du mal à se départir depuis des lustres.

Dans certains patelins, on vit toujours comme au moyen-âge. Cette période médiévale considérée dans l’imaginaire occidental comme une période sombre et peu civilisée.

Bien sûr, on exagère un peu, mais dans ces zones, on vit toujours au rythme des saisons. Point de confort: pas d’eau propre, ni électricité, ces denrées vitales sont encore un luxe. Le manque et l’indigence, les choses les mieux partagées. Dans cette activité principale qu’est l’agriculture, rien n’a changé comme quelques dizaines d’années auparavant. Les cultures de rente comme l’arachide et le mil restent les cultures dominantes. On travaille quasiment trois à quatre mois sur les douze. Huit mois d’inertie et d’inactivité dans lesquels, on farniente et on consomme les maigres récoltes en attendant une hypothétique pluie de plus en plus capricieuse.

Vingt et unième siècle, fin 2017, on reste toujours tributaire des précipitations, dans un contexte mondial marqué par le phénomène du changement climatique. De ce fait, les pluies deviennent plus qu’irrégulières, voire hasardeuses. On est tributaire aussi d’un sol de plus en plus pauvre à force d’être exploité sans engrais, ni laissé en jachère. Évidemment, chaque année, comme toute activité sans grande conviction, les récoltes s’amenuisent.

On se demande jusqu’à quand cette forme d’agriculture frugale  qui ne nourrit même pas son homme peut perdurer?

Dans certaines contrées de nos pays, on croirait aussi qu’on refuse tout développement et toute évolution sociale. Dans certains bleds, après une agriculture faite traditionnellement, nous avons pu constater que certains chefs de villages et dignitaires refusent toujours l’implantation des écoles chez eux. Arguant que cela serait un moyen de dévoyer et de pervertir leurs enfants, un peu à l’idéologie surannée et obscurantiste de Boko Haram au Nigéria. Le comble n’est-ce pas ? Combien sont ces arabisants qui ont cumulé enseignement islamique et enseignement scolaire qui sont de fidèles pratiquants? Fréquenter l’école française ou anglaise serait-il synonyme d’égarement, d’inculture ou d’iconoclasme?

Devant cette mesure, l’État n’oppose aucune résistance et laisse faire. Corollaire, bonjour l’obscurantisme et l’immobilisme dans certaines localités.

Pourquoi l’État n’intervient pas pour assurer son devoir de régulateur social pour réparer cette défiance contre son autorité qui ne dit pas son nom?

 Bien sûr, cela n’est pas une invite à la violence contre certaines catégories de citoyens, mais un appel à la rationalité. Ce laisser aller ne peut perdurer et nos gouvernants doivent s’atteler à résoudre ces équations pour rétablir peu soit-il le hiatus entre nos différentes zones d’habitation. Doit-on être favorisé ou puni parce qu’on habite telle zone au détriment d’une autre? Impérativement non !

Dans ces zones de poche de résistance et de pauvreté ambiante, même s’il n’y a pas de famine, la malnutrition y sévit encore. À voir ces enfants qui traînent, on lit cette carence de vitamine à travers cet indicateur capillaire et pondéral. Ne seraient-ils pas ces damnés de la terre, condamnés à patauger dans cette privation éternellement?

Après tant d’années d’indépendance, une réorganisation de nos politiques agricoles et une régence agreste s’imposent.

Il va sans dire que nous ne rêvons pas et que nous sommes bien réalistes. Un cadre de vie amélioré est bien possible avec les moyens du bord. Cette forme d’agriculture qui n’attire forcément pas n’est plus viable. La création des coopératives agricoles s’impose pour mieux revaloriser cette culture de rente.  Il faudrait aussi équiper nos paysans en tracteurs subventionnés et payables par tranche. Penser à diversifier cette forme de culture dont nous héritons de la colonisation. Nos sols ne sont pas arables qu’en arachide, mil, sorgho etc. Nos paysans, s’ils veulent être épanouis ne doivent plus rester huit à neuf mois à se tourner les pouces.

Mais évidemment, cela requiert un accompagnement minimal de l’État. Avec l’irrigation des terres, nos paysans peuvent cultiver toute l’année avec une variété de spéculations: riz, condiments, fruits et légumes. De surcroît dans cette Gambie dont le fleuve éponyme traverse de long en large le pays. L’agriculture fluviale avec la maîtrise de l’eau est un secteur à fort enjeu pour une autosuffisance en denrées de première nécessité.

Cette politique serait plus que multidimensionnelle : elle permettrait d’améliorer le rendement agricole et indirectement, elle permettrait d’améliorer les conditions de vie des paysans et du reste des citoyens. Elle permettrait aussi de réduire l’exode rural de nos jeunes trimant dans les villes avec des activités peu rentables, sans faire abstraction de l’émigration clandestine.

À nos autorités d’être plus entreprenants et visionnaires, car on ne gouverne pas pour gérer que le quotidien de ses administrés.

Nous le réitérons, une bonne politique agricole en Gambie nous permettrait de sortir de cette économie extravertie basée sur les importations, le tourisme etc. Cette forme d’économie est beaucoup plus vulnérable et à la merci de la conjoncture mondiale. C’est en investissant dans ce domaine que l’on peut nourrir le pays, stopper les importations de riz et de plusieurs autres aliments qui se retrouvent dans nos plats au quotidien. Symbole de notre dépendance et indicateur de l’absence de notre indépendance.

Il y va de l’indépendance réelle du pays tant chantée sur tous nos toits. Loin de nous de prétendre les mêmes scenarios qu’en Occident, mais là-bas, ce sont 3 à 4% de la population qui nourrissent le reste, permettant même à l’exportation vers d’autres pays. Tandis qu’ici, selon les statistiques, l’agriculture est pratiquée par plus de la moitié de la population. Toutes les potentialités dans ce domaine sont trouvables en Gambie, il suffit de les exploiter et de les inclure dans les priorités du pays dans les prochaines années.

L’ancien président, Yaya Jammeh l’avait bien compris, mais s’y était mal pris. Il avait exproprié les riches terres de certains citoyens afin de les cultiver pour son propre compte et revendre sa récolte moins chère dans le pays. Lui, qui nous avait promis aussi une Gambie à la Dubaï, un an après son départ, on est loin, très loin de ce rêve. La Gambie est ce pays rizicole qui peut être un grenier dans la sous-région. Le riz, la nourriture de base de nos concitoyens ne doit plus être importée entièrement, enrichissant par ricochet d’autres pays. Ce gouvernement de transition doit s’inspirer en la matière des politiques agricoles de certains pays, comme le Sénégal dans la partie septentrionale notamment. La Gambie est ce petit pays qui, avec une bonne stratégie agricole n’est pas difficile à nourrir et où l’autosuffisance en denrées peut être largement dépassée.