Les légendes de la musique gambienne repartent en tournée

Tuesday, August 06, 2019

(Issue for Monday 5th August 2019)

Trois musiciens issus des groupes mythiques du « swinging Banjul » s’associent pour une série de concerts en Europe du Nord cet été.

« Nous avons une bonne mémoire et nous pouvons toujours jouer de bonnes chansons », promet Oussou Njie, dit Senior, chanteur et parolier des Super Eagles. Lui et Badou Jobe, qui vit aux Pays-Bas, sont les deux membres encore en vie du célèbre groupe de Banjul qui faisait danser la Sénégambie à la fin des années 1960. Leur courte carrière a fait naître deux autres formations essentielles dans le répertoire gambien : Ifang Bondi puis Guelawar Band Of Banjul dont sont issus Bai Janha (guitare) et Abdel Kabirr (chant et clavier).

Ces vétérans d’une glorieuse époque où la musique gambienne s’exportait doivent partir le 3 août pour une tournée estivale. Abdel Kabirr, aujourd’hui âgé de 69 ans, y voit l’opportunité d’une mission : montrer la voie à la nouvelle génération de musiciens en faisant renaître la gloire des maestros gambiens, icônes du « swinging Banjul ».

Coup d’Etat manqué

Les premières stars ont été les Super Eagles, découverts en 1968 par un envoyé spécial de la BBC. Le reporter, qui était venu couvrir l’enterrement d’un ministre, avait repéré le groupe lors d’un concert au Foyer français de Banjul. L’antenne culturelle de la diplomatie française était alors le lieu phare des nuits gambiennes. « Banjul, c’était comme une grande Mecque, se souvient Oussou Njie. Les Sénégalais venaient le week-end, il y avait de l’ambiance, de la musique, de la gaieté partout. Aujourd’hui, c’est à pleurer. Il n’y a plus rien. »

En 1969, les musiciens sont invités à jouer dans les locaux de la BBC à Londres. Ils en profitent pour enregistrer leur unique « LP » (long play, un long enregistrement) pour Decca Records. Le répertoire est composé de chansons originales chantées en wolof (Manda Ly) et en anglais (Love’s Real Thing). De sillon en sillon, le vinyle joue de la rumba, du tango ou du rock, « tout pour faire danser jusqu’à l’aube », vante Oussou Njie. Aujourd’hui, un exemplaire en bon état de « Viva Super Eagles » coûte environ 100 euros sur la plateforme de vente en ligne spécialisée Discogs.

Le groupe éclate en 1971. Le riche manager qui les finance réalise que l’aventure n’est pas rentable. Les Super Eagles ne touchent aucun droit d’auteur. « Ils étaient bons en musique mais mauvais en affaires. Ils ne connaissaient rien à l’industrie du disque », raconte Hassoum Ceesay, conservateur du Musée de Banjul et historien du groupe. Populaires mais sans le sou, certains membres préfèrent rester en Europe pour essayer de gagner leur vie.

L’appétit musical d’une poignée de rockeurs fait naître successivement les groupes Ifang Bondi puis Guelawar Band of Banjul dans les années 1970. Ces deux formations composent un son typiquement gambien où les instruments traditionnels appuient un rock progressif et psychédélique. Très populaires, elles seront, elles aussi, éphémères.

 

Source: Picture: Le groupe gambien les Super Eagles, stars dans les années 1970, reprend du service avec une tournée européenne qui débute en août 2019. Romain Chanson