Le Sénégal en Coupe du monde 2018: enseignements d’une qualification à rebondissement

Monday, November 13, 2017

Ce vendredi 10 novembre 2017 sera gravé dans les annales du football sénégalais. En effet, pour la deuxième fois de l’histoire, les Lions de la Téranga participeront à la coupe du monde. Après le Nigeria et l’Egypte, le Sénégal est la troisième nation africaine à décrocher son billet pour la Coupe du monde 2018 en Russie. Une performance à saluer dans cette compétition où le Sénégal revient de loin. Il aura fallu un spectaculaire retournement de situation, suite à un mauvais arbitrage du match aller en Afrique du Sud, en novembre 2016. Quelques mois après, la FIFA décide de faire rejouer le match dans le même stade, un an après. Un peu de providence pour voir l’espoir renaître du côté de la Tanière. Une rarissime décision, voire une audacieuse mesure pour rétablir une iniquité.

 Contrairement à ce que beaucoup pensent, cela n’est pas une boîte de Pandore ouverte par l’instance du foot mondial. Plutôt, c’est un tournant décisif pour plus de transparence dans le football mondial. Dans le passé, les mauvais arbitrages sont légion et ont fait l’objet d’énormes frustration: “la main de Dieu” de Diego Maradona en coupe du monde en1986 ou celle de Thierry en qualification pour le mondial 2010 en sont les plus anecdotiques.

Aujourd’hui la FIFA ayant une nouvelle direction, elle tente de revenir à l’orthodoxie du foot et à plus de transparence. Qu’il en soit ainsi !

Une fédération aux anges

 Revenons à cette qualification avant même la fin de la dernière journée.  Il reste  à  la bande à Aliou Cissé un match retour à Dakar demain. Un match, somme tout, synonyme de test à domicile. Pour se préparer à l’échéance mondiale et à réajuster quelques soucis dans le jeu afin de se rassurer pour le moral. L’équipe qu’on a vu jouer ce vendredi a été efficace, mais pour particper dignement à cette compétition de tel niveau, le coach Cissé doit revoir sa copie, sa composition du jeu au milieu notamment. Cette qualification est aussi une belle moisson pour la fédération sénégalaise de football, instance dirigée par Augustin Senghor, récemment réélu pour un troisième mandat. Une consécration pour l’entraineur aussi, victime de toutes sortes de critiques, de quolibets dont certains des plus absurdes. Voilà un personnage qui était capitaine en 2002 et sélectionneur national en 2017. Un bon précédent pour l’opinion sénégalaise prompte à tirer à boulets rouges et à décocher toutes sortes de flèches à son entraîneur. Cela sans considération de l’origine de ce dernier: Sénégalais comme non Sénégalais. Cette performance est historique aussi, car c’est la première fois dans histoire que les Lions soient à une compétition mondiale avec à sa tête un sélectionneur national.

Par ailleurs, c’est peu de dire que cette qualification après 15 ans de disette ponctués par une remarquable instabilité à la tête de la sélection constitue une prouesse pour le football sénégalais. Sachant ce que le sport, de surcroît le football, sport le plus populaire au monde peut susciter auprès de l’opinion : ferveur patriotique et apaisements des tensions politiques comme sociales fût-elle temporaire. Poussée à une forte consommation, achat de maillots, achat de divers objets pour la retransmission et le suivi des matchs, spot publicitaire etc. Tous ces facteurs peuvent soulager l’économie d’un pays.

Pièges à escamoter

Sportivement parlant, cette équipe mérite d’être bien encadrée et soutenue: éviter toute forme de triomphalisme avec la surmédiatisation. Éviter le traquenard de la facilité en misant sur des pouvoirs irrationnels. Cela n’est point une négation de nos valeurs africaines et de croyants. Néanmoins, l’on ne peut pas refuser à l’équipe des formulations de prières.

Autre chausse-trappe à éviter dans ces compétitions, c’est  la malédiction des équipes africaines du sud du Sahara en particulier qui participent au mondial. Pour beaucoup, les histoires de primes de matchs pourrissent leur participation et donnent lieu à un désolant spectacle de cupidité tous azimuts.  Un autre cliché et une mauvaise image du continent.  On a en mémoire cet avion cargo, en 2014, rempli de billets de banque, en destination du Brésil pour les joueurs ghanéens, sans oublier les boycotts d’entraînement des joueurs camerounais la même année.

Manque criant d’infrastructures sportives

Par ailleurs, le Sénégal comme la Gambie méritent plus d’infrastructures sportives: stades aux normes internationales, des centres de formation, temple d’éclosion de talents. Le Sénégal mérite plus qu’un grand stade aux standards internationaux. L’on se rappelle de 2012 suite aux sanctions de la FIFA, la fédération sénégalaise avait fait recours à des pays voisins ou maghrébins pour accueillir nos matchs.

 Il est inconcevable que la Gambie ne soit qualifiée à aucune édition après six décennies de CAN. Elle regorge d´autant de talents que son voisin immédiat sénégalais, qui a dans son compteur, à ce jour, une douzaine de participations. Alors, avec un pincement au cœur, nous pensons que le football gambien mérite d’être repensé, le championnat national étoffé, la fédération nationale reconfigurée avec une politique d’inspection de ses nombreux joueurs de la diaspora.

 Pour favoriser cette politique d’infrastructures sportives, une co-Can peut bel et bien être organisée dans notre Sénégambie: une pierre, plusieurs coups, histoire de souder davantage nos multiples liens de fraternité et de rattraper notre retard en infrastructures sportives. Les Gambiens sont l’un des plus fervents passionnés de football au monde. Ici, chaque jeune à son club favori qu’il suit allègrement. Alors,  pourquoi toutes ces contre-performances pour notre football ? Aberrant !

Nous prions que cette équipe réitère son exploit de 2002 (quart de finale), voire batte ce record pour arriver au moins en demi-finale. Tout en espérant une bonne participation dans cette compétition footballistique la plus prestigieuse au monde, nous nous attendons  aussi à revivre des moments de ferveur entre peuple Sénégambien comme il y a de cela 15 ans. À l’époque, tout le continent avait supporté les Lions de la Téranga, le peuple gambien en premier. Comme quoi, le sport en général et le football en particulier est un facteur de brassage entre peuples. Il mérite donc d’être plus valorisé et pris en compte dans nos politiques de développement socio-économique.