INTERVIEW

Wednesday, March 07, 2018

Hugues Nordi, chargé d’affaires de la France en Gambie: “je suis optimiste pour l’avenir du pays !” 

Nommé chargé d’affaires de la France en Gambie en novembre dernier, M. Nordi a pour mission de rouvrir l’antenne diplomatique de Banjul, fermée quatre ans plus tôt. Cette antenne est rattachée à  l’ambassade de France à Dakar. Quatre mois après sa prise de fonction, Son Excellence a reçu The Point pour parler des relations bilatérales entre Banjul et Paris. Dans cet entretien, il évoque les raisons de la réouverture de l’antenne diplomatique fermée sous  Yaya Jammeh, les opportunités d’affaires de la Nouvelle Gambie, l’aide que la France apporte à la Gambie dans le domaine judiciaire et sécuritaire.

Interview.

Merci de nous recevoir, quatre mois depuis votre arrivée à Banjul, où en êtes-vous sur la relance de la coopération bilatérale entre Banjul et Paris ?

Hugues Nordi : vous savez que la France était présente en Gambie jusqu’en 2013, année où la décision a été prise dans le contexte politique de l’époque de fermer notre représentation ici à Banjul. Les évolutions récentes de la Gambie, l’élection du 1er décembre 2016  avec la victoire du président Adama Barrow et le retour de la Gambie à la démocratie, que nous avons salués, ont incité mon gouvernement à rouvrir son antenne diplomatique, rattachée à notre ambassade à Dakar. Notre première contribution  a porté sur un domaine très important pour ce pays, celui de la justice transitionnelle.

Quel intérêt a la France pour renouer avec la Gambie ?

Je crois que cet intérêt est multiforme. D’abord, nous voulons soutenir à fond la Gambie dans sa nouvelle trajectoire démocratique. Ce qui s’est passé il y a plus d’un an dans ce pays est remarquable à plus d’un titre. Remarquable, parce qu’on ne s’attendait pas à cette victoire de l’opposition. Je crois que personne ne s’y attendait, les Gambiens eux-mêmes ont été pris par surprise. Et puis surtout, c’est un exemple magnifique pour le reste du continent, d’une transition démocratique parfaitement réussie sans qu’une goutte de sang n’ait été versée.

La France a aussi des intérêts en Gambie son Excellence ?

Oui ! Nous avons une petite communauté qui, pour l’instant ne compte que 130 membres, j’espère qu’elle grossira. Mais on observe déjà un frémissement, un intérêt d’un certain nombre d’entreprises françaises pour le marché gambien dans des domaines divers, notamment celui des infrastructures, et peut être aussi, à l’avenir, dans celui de la distribution.

 Le nouveau contexte politique gambien offre un certain nombre d’opportunités qui sont autant de motifs, pour  les entreprises françaises, de s’intéresser à ce pays qui ouvre la porte à un marché très large, constitué par les pays du Sahel.

La France entend également apporter sa contribution à la réforme du secteur de la sécurité. C’est pour cela que nous avons affecté un colonel de Gendarmerie auprès du  ministre de l’Intérieur: il apporte son expertise pour mener à bien ce chantier très délicat, mais essentiel pour la stabilité à long terme du pays.

Depuis votre arrivée, dans quel stade êtes-vous dans le processus de rabibochage avec la Gambie?

J’ai été extrêmement pris lors des premières semaines de mon séjour par des problèmes purement matériels et logistiques afin d’installer l’antenne. Le bâtiment qui l’hébergeait jusqu’en 2013 n’est plus réellement habitable ou alors il exigerait de gros travaux de rénovation. Nous avons été obligés de nous tourner vers une autre solution. Je suis encore plus ou moins dans la phase préliminaire d’installation de notre antenne qui, une fois opérationnelle, pourra me permettre de me consacrer pleinement au renforcement des relations entre nos deux pays.  Vous savez que nous avons apporté notre soutien à la Gambie sous diverses formes. Le président Adama Barrow a été invité les 14 et 15 janvier 2017 au sommet France-Afrique de Bamako, puis à se rendre officiellement en France au mois de mars 2017. La réouverture d’une représentation diplomatique est un signal très fort. Par ailleurs, nous avons organisé, en octobre 2017, un atelier sur la justice transitionnelle a l’Alliance Française, qui aura un prolongement les 16 et 17 avril prochains sous la forme de rencontres culturelles consacrées au même thème. Ces rencontres se dérouleront essentiellement à l’Alliance Française avec des concerts, des projections de films, mais aussi dans les écoles et à l’Université de Gambie.

La France est en Gambie sous différentes formes, il y a une Alliance, une école française. Que peut faire la France pour aider à la relance de l’économie gambienne qui connait pas mal de difficultés ?

C’est vrai, la France est toujours restée présente en Gambie: même quand notre antenne diplomatique était fermée, l’Alliance et l’Ecole française ont toujours fonctionné. Nous allons d’ailleurs fêter bientôt les 70 ans de cette Alliance. Je crois que c’est un endroit apprécié des Gambiens pour son activité soutenue sur le plan culturel. C’est un lieu d’accueil des artistes gambiens: des peintres y exposent, des musiciens y donnent des concerts. La qualité de l’enseignement dispensé à l’Ecole française, dont la majorité des élèves sont de nationalités tierces, est reconnue. Ainsi, la présence de la France en Gambie repose sur plusieurs piliers: politique, culturel et linguistique.

M. Nordi comment voyez-vous l’avenir de ce pays et du continent en général ?

Je n’ai pas qualité pour me prononcer sur le continent en général. En revanche, en ce qui concerne la Gambie, je suis résolument optimiste. Certes, il n’est pas facile de sortir de 22 années de glaciation politique. Aucun gouvernement,  même animé de la meilleure volonté, ne peut tout faire en quelques mois. Mais je suis optimiste car un chemin considérable a déjà été parcouru. L’ancrage de la démocratie, l’engagement répété en faveur du respect de l’état de droit, dont nous avons des témoignages tangibles, sont à mettre à l’actif de ce gouvernement et cela est extrêmement encourageant.  Par ailleurs, les autorités gambiennes mènent une politique active pour attirer les investisseurs étrangers. Elles ont élaboré un Plan National de Développement qui a été présenté officiellement et qui énonce de façon concrète un certain nombre d’objectifs à atteindre pour remettre le pays sur les rails de la croissance, qui est en phase d’accélération.  Les perspectives pour 2018 et pour l’année prochaine sont encourageantes puisque la Banque Centrale gambienne prévoit une croissance de l’ordre de 4,5 à 5%. Je souhaite de tout cœur que la conférence des donateurs de la Gambie, prévue au mois de mai à Bruxelles, soit un plein succès, et permette au gouvernement gambien de rassembler les aides nécessaires pour relancer l’économie du pays et rattraper son retard en matière d’infrastructures.

 


Author: Propos recueillis par Amadou Barry.
Source: Picture:Le diplomate français, Hugues Nordi est en poste depuis novembre dernier