En Gambie, libération critiquée de trois ex-membres des escadrons de la mort

Friday, August 23, 2019

Dans le cadre de la Commission vérité et réconciliation sur les violations des droits de l’Homme en Gambie, le ministre de la Justice a décidé, lundi, de libérer trois proches de l’ex-président Jammeh qui ont avoué avoir commis des assassinats.

PUBLICITÉ

Trois “junglers” vont être remis en liberté en Gambie. Malick Jatta, Omar Jallow et Amadou Badjie, anciens membres des escadrons de la mort de l’ex-président Yahya Jammeh, seront libérés, selon une décision du ministre gambien de la Justice, Abubacarr Tambadou, lundi 5 août. Et ce deux semaines après le temoignage des trois hommes devant la Commission vérité et réconciliation (TRRC) où ils affirmaient avoir commis des dizaines d’assassinats.

>> À lire aussi : Les “protocol girls” ou comment l’ex-président gambien Yahya Jammeh abusait des femmes

Critiquée par des proches de victimes, cette décision de remettre en liberté les anciens “junglers” vise à encourager d’autres auteurs présumés de violations des droits humains à venir témoigner, a expliqué devant la presse Abubacarr Tambadou.

“Ce que nous devons absolument éviter, c’est de décourager les gens de venir dire la vérité” devant cette commission chargée de faire la lumière sur les crimes commis pendant les 22 ans du régime de Yahya Jammeh (1994-2017), a déclaré le ministre, en précisant qu’il ne s’agissait pas d’une amnistie.

Des auditions débutées en janvier

Débutées en janvier, les auditions devant la TRRC, très suivies par les Gambiens, ont repris, lundi, avec l’audition d’un autre ancien “jungler”, Ismaila Jammeh, qui a reconnu être impliqué dans la mort d’un lieutenant de la garde chargée de la protection du président Jammeh, Almamo Manneh.

Quand il a appris qu’il était en état d’arrestation, le garde du corps “a ouvert le feu dans notre direction, en direction des soldats. On a tous tiré et il est mort”, a expliqué Ismaila Jammeh, selon qui “la claire intention était de l’arrêter et non de le tuer”.

Lors de la précédente session fin juillet, Malick Jatta, Omar Jallow et Amadou Badjie, ont reconnu avoir notamment assassiné le journaliste Deyda Hydara, correspondant de l’AFP, plus de 50 migrants ouest-africains échoués sur une plage, ainsi que d’anciens compagnons de route du président soupçonnés de vouloir le renverser.

Les trois hommes sont aux arrêts dans des casernes depuis leur interpellation en février-mars 2017, a souligné Abubacarr Tambadou, en expliquant qu’ils ne devaient pas être traités différemment d’autres criminels présumés laissés en liberté.

Un ex-membre de la junte, Yankuba Touray, a été arrêté en juin après avoir refusé de répondre aux questions de la Commission.

Polémiques sur la libération

“Je ne me sens pas respectée par mon gouvernement, qui libère les hommes qui viennent de confesser avoir sauvagement tué mon fils”, a déclaré Ya Mamie Cessay, la mère d’un des deux hommes d’affaires américano-gambiens tués et décapités en 2013, citée par l’ONG Human Rights Watch (HRW).

“C’est mal de remettre ces meurtriers en liberté après avoir entendu ces confessions”, a abondé le fils du journaliste Deyda Hydara, Baba Hydara.

“S’ils fuient la Gambie, non seulement ils échapperont à la justice, mais nous perdrons également des témoins clés lors d’un éventuel futur procès de Yahya Jammeh pour avoir ordonné ces crimes horribles”, a déclaré le conseiller juridique de Human Rights Watch Reed Brody.

Arrivé au pouvoir par un putsch sans effusion de sang en juillet 1994 dans ce petit pays anglophone d’Afrique de l’Ouest, Yahya Jammeh s’était fait élire en 1996 puis réélire sans interruption jusqu’à sa défaite en décembre 2016 face à l’opposant Adama Barrow.

Les défenseurs des droits de l’Homme ont accusé son régime de tortures systématiques d’opposants et de journalistes, d’exécutions extra-judiciaires, de détentions arbitraires, de disparitions forcées et de viols.

Il a finalement quitté le pays et trouvé refuge en Guinée équatoriale en janvier 2017 à la suite d’une intervention militaire et diplomatique régionale.

Le président Adama Barrow avait indiqué, début 2018, qu’il attendrait la fin des travaux de la Commission, qui n’a pas le droit de prononcer des condamnations, pour se prononcer sur une éventuelle demande d’extradition de son prédécesseur.