Editorial: Guerre de positionnements sur le territoire sénégalais

Monday, October 30, 2017

À l’instar de ses voisins, le Sénégal n’est pas à l’abri d’une attaque terroriste. C’est cette leçon de vulnérabilité face à ce fléau du siècle que vient de nous démontrer ce communiqué de la chancellerie américaine à Dakar, il y a une dizaine de jours. Dans ce communiqué, l’Ambassade américaine enjoint ses compatriotes d’éviter certains endroits “sensibles” de la capitale sénégalaise : la plage et certains hôtels.

Le plus invraisemblable dans cette histoire, ce que nos amis américains n’informent pas les autorités du pays hôte et s’adressent directement à ses compatriotes établis sur le sol sénégalais. Téranga sénégalaise abusée n’est-ce pas?

Semant au passage le trouble et la panique, suspendant aussi cette habituelle fréquentation des officiels à Dakar. Faut-il le rappeler, beaucoup de rencontres ont été annulées jusqu’à nouvel ordre.

Devant le pesant silence de l’État sénégalais et en  guise de réplique, l’ambassadeur de la France au Sénégal dément l’existence d’une telle menace. Faisant souffler le chaud et le froid sur une question aussi sensible que la sécurité. Une guerre des gladiateurs sur le sol sénégalais qui ne dit pas son nom.

Quoi qu’on dise, la diplomatie est à l’image de ceux qui l’incarnent. Pourtant, nous avons face à nous deux alliés a priori à la tête de deux puissances. L’une régentée par un imprévisible président, l’autre par un jeune fougueux. Chacun essayant d’imposer sa marque, envie d’engranger des points pour les prochaines batailles internationales.

Inutile de rappeler que le terrorisme rode à nos frontières. Les attentats dans la sous-région nous servent de précèdent pour se préparer à cette éventualité non voulue mais presque inéluctable. Heureusement que les services de renseignement du Sénégal abattent un remarquable travail, en tâchant de circonscrire toutes les cellules dormantes à travers le pays. Depuis son arrestation fin 2015, la bande de l’Imam Ndao n’a quasiment plus refait surface.

Aujourd’hui, nous attendons une réaction des autorités sénégalaises digne de ce nom pour un signal fort à nos alliés, puissants soient-ils. Reprendre un de ses pouvoirs les plus emblématiques, l’assurance de l’intégrité territoriale par des symboles. La sécurité des Sénégalais et de toutes autres personnes vivant sur son sol lui incombe.

Et la Gambie dans tout cela?

Si le Sénégal éternue, la Gambie s’enrhume pourrait-on dire.

Si ce  puissant voisin immédiat n’est pas à l’abri d’une quelconque frappe terroriste (nous ne le souhaitons pas), ce n’est pas ce petit pays entièrement englouti dans le Sénégal qui le sera. Dans un contexte d’alternance politique et d’une morosité économique, Banjul est dans un tournant décisif dans la marche de son histoire.

 À observer le fonctionnement de la société et certaines habitudes en Gambie nous le souhaitons pas une fois de plus et nous touchons du bois, une attaque terroriste risque d’être très hypothétique et rédhibitoire à l’une des sources vitales de l’économie : le tourisme.

La saison touristique est ouverte depuis un mois et les nouvelles autorités en place espèrent une bonne saison touristique pour soulager la machine économique qui en a tant besoin. Une bonne saison touristique dans un contexte d’ouverture économique et de démocratie est synonyme de source de devises considérables. Secteur très important du pays, le tourisme peut être plus rentable avec l’assainissement du secteur et une bonne communication pour séduire les cibles.

La Gambie a tous les atouts pour plaire et attirer les touristes en quête d’exotisme: de belles plages, un pays ensoleillé, l’existence d’infrastructures d’accueil, un pays stable où règne désormais un état de droit.

Avec une  bonne campagne de communication, la Gambie peut accueillir une clientèle touristique régionale, voire africaine. En se rendant en Casamance ou dans le Saloum pour quelques jours de congés, le fonctionnaire sénégalais peut être tenté par une visite plus exotique en Gambie avec moins de frais que dans un autre pays de la région. Ce faisant, l’origine des touristes pourrait être diversifiée pour sortir un peu de la dépendance scandinave de l’origine des touristes visitant la Gambie. 

Source: Picture: Amadou Barry