Croisade contre la Corruption en Gambie: quel immense et noble chantier!

Monday, December 11, 2017

La semaine dernière, un séminaire sous-régional sur la transparence s’est tenu dans la capitale gambienne. Occasion qu’a saisie le directeur général de l’Agence de la fiscalité et du recouvrement de Gambie (GRA), Yankuba Darboe pour exhorter ses citoyens à contribuer à la lutte contre la corruption dans le pays. Non sans indiquer que cette croisade contre ce fléau qui moisi l’administration requiert plusieurs conditions entre autres, des institutions fortes, des politiques et des outils plus efficaces.

En tenant tels propos, ce directeur avoue à demi-mot l’ampleur de cette pudique pratique dans pays. Parler ainsi de ce sujet en Gambie peut prêter à sourire, tant il est ancré dans les habitudes. C’est une tâche immense, mais  un noble défi que de vouloir lutter contre la corruption et la prévarication dans ce pays anglophone. Tant il est de notoriété publique que ce fléau est ancré et gangrène la société.

 C’est Monsieur transparence déclare qu’au niveau de l’Agence dont il est à la tête, “l’honnêteté, l’intégrité, le professionnalisme, l’équité et l’impartialité parmi tant d’autres sont des valeurs fondamentales”, qui constituent une pierre angulaire dont tout  fonctionnaire devrait s’armer. A l’entendre, certains se demandaient si ce débonnaire directeur ne prêchait pas dans un désert ou ne vivait pas dans le même pays qu’eux. Car pour beaucoup, ses agents sont parmi les plus corrompus du pays.

Même si l’on dit souvent qu’il n y a pas de corrompu sans corrupteur, mais en terre gambienne, l’on n’hésiterait pas à dire que le ver est dans le fruit. En réalité, sans masque, qui de nous n’a jamais été témoin, acteur ou vecteur de cette miasmatique pratique ?

Dans le passé, le-dessous-de-table, les compromissions, le gain facile, les magouilles, les combines ont été érigées en règle dans l’administration. 

Il y a de cela moins d’une semaine,  une source crédible nous parlait de combines au ferry de Banjul. Apres voir payé le tarif requis pour la traversée des véhicules, si l’on ne veut pas trainer, il faut “mouiller la barbe” de ces fonctionnaires effrontés qui n’honorent pas leur pays. Selon cette source, les transporteurs en partance pour Ziguinchor se prêtent au jeu de cupidité et  de vénalité de ces fonctionnaires et qu’ils ajoutent au tarif normal un billet de 10.000 FCFA pour ne pas perdre une seconde entre les deux rives. Laissant en rade les naïfs, procéduriers et conformistes. Opprobre !

Ne perdons pas de vue, ces pratiques sont aussi trouvables ailleurs dans nos pays. Au Sénégal, l’auteur de ces lignes a eu à décliner  l’alléchante proposition de recevoir son passeport en 24 h, moyennant 15000 FCFA.

On ne peut pas repousser les vagues avec ses bras dit-on. Une croisade contre ce fléau mérite d’être inscrite dans les priorités de nos pays. On ne peut pas fournir d’énormes efforts ailleurs en laissant sévir telle ignominie, faute de quoi tout effort de développement est voué à l’échec. Mais les préalables doivent être préétablis. Pour paraphraser le célèbre reggaeman ivoirien, Alpha Blondy, “vous voulez vraiment  combattre la corruption, augmentez le salaire des fonctionnaires. Un fonctionnaire mal payé est vulnérable physiquement et psychologiquement. Il n’est pas à l’abri de toutes formes de tentations et de prévarication. La dernière augmentation des salaires (20%), date de près de huit ans. Entre temps, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Beaucoup de prix ont augmenté, la monnaie s’est dépréciée également. Tous ces paramètres impactent le pouvoir d’achat du consommateur. Néanmoins, il est optimiste et réconfortant d’apprendre par la voix du Ministre de l’Information que les salaires seront augmentés l’année prochaine en Gambie.

Nous espérons qu’avec cette augmentation, il y aura une amélioration considérable des conditions de vie des fonctionnaires. Cette question est une urgence nationale comme tant d’autres. Apres cela, il faut songer à renouveler la garde-robe de la Police et de certains corps. Il est navrant et scandaleux de voir certains fonctionnaires être fagotés ou en tenue dépareillée ou  délavée. Même si la misère sociale n’explique pas tout, mais elle constitue une pierre d’achoppement à la transparence et à l’intégrité.

Dans le passé, combien de personnes ont détourné des sommes colossales et ont fui le pays ? Combien ont prévariqué et sont restés dans le pays impunément ? La commission d’audit du régime Jammeh fait un remarquable boulot actuellement. A longueur de journée, on égrène les combines et les détournements de deniers publics sous l’ancien régime. Nous espérons qu’après,  les investigations iront jusqu’au bout et que ces fortunes considérables seront restituées à L’Etat. Nous espérons aussi qu’il y aura une politique de tolérance zéro contre ces fossoyeurs de la chose publique.

Pour l’année dernière, il n y n’a pas de données sur la corruption en Gambie pour des raisons connues de tous. Lancien régime ne collaborait plus avec les agents de bon nombre d’organisations internationales.

Au niveau international, nombre de nos pays du continent ne sont pas mieux lotis. En illustre  le classement mondial de 2016. Selon Transparency international, “dans le monde entier, la corruption systémique et l’inégalité sociale se renforcent mutuellement, conduisant à une désillusion populaire vis-à-vis du monde politique et fournissant un terreau fertile à la montée des politiciens populistes. 69% des 176 pays figurant dans ce rapport annuel de 2016 enregistrent une note inférieure à 50, sur une échelle allant de 0 (où le pays est perçu comme très corrompu) à 100 (où le pays est perçu comme très peu corrompu). Selon cet indice,  pour la dixième année consécutive, la Somalie est le pays le moins performant de l’indice, où elle enregistre cette année une note de 10 seulement. Le Soudan du Sud est en avant dernière position avec une note de 11, précédé de la Corée du Nord (12) et de la Syrie (13). Les pays en bas du classement se caractérisent par une impunité généralisée dans les affaires de corruption, une mauvaise gouvernance et des institutions faibles”.

Ce qu’il faut faire

Selon le vérificateur de la transparence dans le monde, Il ne suffit pas d’apporter des corrections techniques aux lois luttant spécifiquement contre la corruption. Tranparency international préconise de profondes réformes systémiques qui compensent le déséquilibre croissant du pouvoir et des richesses en habilitant les citoyens à mettre fin à l’impunité généralisée de la corruption, à demander des comptes aux puissants et à avoir véritablement leur mot à dire dans les décisions qui affectent leur vie quotidienne.

Author: Amadou Barry