Commémoration de l’an 13 de l’assassinat de Deyda Hydara

Monday, December 18, 2017

Le vibrant hommage de la corporation à l’illustre journaliste

Pour la première fois depuis 2004, année de son assassinat, la corporation et le pays ont rendu un vibrant hommage à Deyda Hydara en terre gambienne. Cette après-midi de samedi,
  journalistes de la presse locale, des médias étrangers, activistes de la société civile et militants des droits de l’homme, d’horizons divers s’étaient donné rendez-vous dans différents endroits stratégiques de la capitale gambienne pour commémorer la treizième année de la disparition de Deyda Hydara, co-fondateur du canard que vous tenez entre vos mains.

Du siège de KMC (Mairie d’une circonscription de Banjul), en passant par l’endroit où le héros est tombé jusqu’à l’Université de Gambie, les marcheurs ont bravé soleil et vent pour prendre part à cette cérémonie qui se voulait sobre et symbolique. Environ 2 Km de marche où les confrères se sont rappelés de ce moment tragique pour la profession avant de demander Justice une douzaine d’années après. Auparavant, un récital du coran avait été organisé au domicile familial dans la matinée.

La marche de l’après-midi fut une occasion pour demander justice pour tous les autres confrères tués, disparus ou torturés durant les années de plomb sous le magistère de Jammeh. Les confrères scandaient avec emphase, “ what do We want (qu’est-ce que nous réclamons) ?  Justice ! Reprenaient-ils en chœur. Dans cette foule compacte, on pouvait noter la présence symbolique de Reed Brody, activiste et avocat à Human Rights Watch, surnommé le tombeur des dictateurs. Allusion à son activisme pour lutter contre l’impunité et traduire en justice plusieurs anciens chefs d’Etat. Dans son viseur actuellement, Yaya Jammeh en exil en Guinée équatoriale. Il est de plus en plus présent à Banjul pour collaborer avec le collectif des victimes du régime précèdent. Le point d’orgue de cette marche d’hommage et de protestation fut ce détour ou le héros était tombé au volant de sa voiture. Il s’agit d’une rue aujourd’hui cahoteuse, dénommée Sankung Sillah road. Ce pèlerinage est une grande première, car sous Jammeh, personne n’osait y mettre pied pour saluer la mémoire de l’illustre disparu.

 Un moment fort en émotion. Témoin et victime de ce drame de décembre 2004, Nian Sarang Jobe était très émue, en témoignent ses yeux embués de larmes, sa mine déconfite. Elle réitère son exigence de Justice et elle déclare plus jamais cela dans le pays. Quant à Pape Saine, ami et compagnon, co-fondateur du journal avec Deyda Hydara,  il indiquera que Deyda n’a été tué que pour deux principales raisons: “sa prise de position contre la dictature rampante à l’époque de Jammeh et son activisme pour abolir certaines lois liberticides  dans le pays”. Pour comprendre aisément qu’à l’époque attenter à la vie de Deyda était plus qu’un signe d’intimidation et de musèlement de la presse. C’était aussi un moyen de sonner le glas de toutes contestations de son régime, pense-t-on aujourd’hui. Les hommages se poursuivront à la Faculté de Droit de  l’Université de Gambie.

 Parmi les interventions, on peut noter celle de son fils, Baba Hydara, qui dira qu’aujourd’hui son père doit être heureux dans sa tombe, “il ne voulait rien d’autre qu’une pratique orthodoxe de la profession en Gambie. Aujourd’hui, c’est acquis. Partout, les journalistes  font un extraordinaire boulot sous les différents supports médiatiques, [Presse écrite, Radio, Televison, et medias en ligne NDLR]”, dit-il. Pour sa part, son Excellence Saliou Ndiaye, Ambassadeur du Sénégal en Gambie, dira que “Deyda a une renommée dépassant largement les bornes du pays. Il suffit de taper son nom sur le net, il y apparait des centaines de référencements. Cela, n’est pas le cas pour tout le monde. Si l’intention était d’effacer sa mémoire, c’est peine perdue, pense-t-il. Dans son allocution, il soulèvera un pan important pour la postérité et la mémoire du défunt.  “Lui rendre hommage serait aussi qu’une rue, qu’un amphi etc. porte son nom pour que sa mémoire reste toujours vivace dans les esprits de nouvelles générations”, rappelle cet homme de lettres, ancien Recteur de l’UCAD. Les autres interventions seront axées sur les voies d’une bonne pratique du journalisme dans le pays et les procédures pour lever les contraintes juridiques qui constituent une épée de Damoclès qui pèse sur la tête des journalistes en exercice dans le pays. 

Author: Amadou Barry
Source: Photo: La procession ici, à Westfield