Christophe Bigot, Ambassadeur de la France au Sénégal et en Gambie: “Bientôt la réouverture de l’antenne diplomatique de la France en Gambie”

Thursday, November 09, 2017

En marge d’une visite de trois jours en Gambie, où il a rencontré tour à tour le président de la République, le Ministre de l’Intérieur, de la Justice, de l’Economie et de l’Energie pour parler de justice, de sécurité et de l’économie…Christophe Bigot, Ambassadeur de la France au Sénégal et en Gambie revient dans cet entretien avec le Point sur la réouverture imminente de l’antenne diplomatique de la France à Banjul, fermée en 2013. Le diplomate revient aussi sur le détachement d’un colonel de la Gendarmerie française auprès du Ministère de l’Intérieur, de la Sécurité de la Gambie. Entretien.

Son Excellence, pouvez-vous revenir sur l’objectif de votre visite dans la capitale gambienne ?

Christophe Bigot: D’abord, ce n’est pas ma première visite en Gambie, j’y viens régulièrement. Je suis allé en province à maintes reprises. Cette fois-ci je venais de Casamance et l’objectif de ces trois jours de visite était  double: j’ai rencontré le président Barrow ainsi que toute son équipe gouvernementale. Je tenais à leur dire que nous allons rouvrir l’antenne diplomatique, qui avait été fermée en 2013 et que nous avons nommé un diplomate expérimenté, Hug Nordie comme chef de cette antenne diplomatique. Il est ancien Consul général en Allemagne, ancien Chargé d’affaires de la France à Libreville au Gabon. Il devra prendre fonction dans une quinzaine de jours au mois de novembre. C’était la première mesure, qui est dans la ligne des engagements que nous avons pris lorsque le président Barrow était venu en France au mois de mars cette année. Sa première visite officielle en dehors du continent, suite à l’invitation du président français de l’époque (François Hollande NDLR). Au cours de cette visite, il avait rencontré outre le président Hollande, Le Ministre de la Défense, le Ministre des Affaires Etrangères, des Finances et le président du Parlement.

 La réouverture de l’antenne diplomatique est normale, parce qu’il y a beaucoup de choses  à faire avec la Gambie. Pour cela, nous avons besoin d’un travail de proximité. L’Ambassade de France qui est à Dakar ne peut pas suivre évidemment au quotidien, au plus près, ce qui se passe en Gambie. Il est d’important d’avoir ici un relais qui pourra nous solliciter sur les besoins, sur les formations, sur l’aide et la coopération  à apporter par la France à la Gambie. Cette ouverture d’antenne diplomatique est une première décision. La deuxième décision, c’était de vernir avec le colonel de la Gendarmerie française, notre ami le Colonel John Renaud, qui a été affecté auprès du Ministre de la Sécurité, M. Mai Fatty. Pourquoi ? Parce que le Président Barrow, en marge de sa visite en France avait souhaité qu’on puisse l’appuyer dans sa réforme du service de sécurité. C’est pour cela que ce Colonel de la Gendarmerie qui a été affecté sur une base permanente ici à Banjul pourra apporter son expertise et pourra utiliser aussi  les ressources de la France en matière de coopération policière, sa coopération de gendarmerie et coopération militaire pour aider la Gambie dans le cadre de cette réforme.

La réforme de la sécurité est importante, d’abord, parce qu’elle permet de garantir les fondamentaux de la démocratie gambienne  et évidemment pour faire en sorte que les services de sécurité soit les plus efficaces possibles et de permettre d’avoir une bonne sécurité intérieure. Voilà deux mesures importantes que je voulais indiquer. C’est pourquoi j’ai rendu visite au président Barrow et à la vice-présidente, comme au Ministère des Affaires étrangères, au Ministre des Finances, au Ministre de la Justice, au Ministre de l’Energie, au Gouverneur de la Banque centrale et au Président de la Chambre de Commerce pour leur faire part de ces deux mesures. Mais il y avait d’autres sujets de discussion importante. Notamment, avec le Ministre des Finances de la Gambie, M. Amadou Sanneh. 

Nous avons invité ce dernier à une réunion à Paris la semaine prochaine, qui est une réunion de soutien pour examiner la dette de la Gambie. Cette dette  est quand même très élevée, 120 % du PIB. Il faut donc que nous puissions garder dans le cadre du “club de Paris”, c’est-à-dire le club qui regroupe les principaux créanciers, ainsi qu’en dehors du club de Paris, les principaux bailleurs qui obéissent aux règles du club qui sont intéressés.

Comment œuvrer  tous ensemble pour éponger cette dette? De faire en sorte qu’elle ne constitue pas un poids qui empêcherait la Gambie tout développement. D’autres sujets étaient également traités avec mes interlocuteurs: il y a tout ce qui relève de l’éducation, de la culture, de la francophonie. Je pense que c’est important dans ce domaine actif.

J’ai rappelé que les étudiants gambiens étaient les bienvenus en France et que nous serons heureux de les accueillir. En outre, l’Alliance française pouvait également apporter son soutien en termes de formation en français, pour que le niveau de français soit suffisant pour suivre les cours à l’Université. Je pense aussi qu’il y a une volonté pour favoriser l’intégration régionale pour la Gambie. Celle-ci est comme on dit “is back”, elle est de retour sur la scène mondiale. Pour que la Gambie ne soit pas une île, pour qu’elle soit reliée au reste du continent, la maîtrise de la langue française s’avère capitale pour la participation aux forums de discussion en Afrique de l’Ouest. Nous avons également évoqué l’investissement des entreprises françaises en Gambie, pour que le port de Banjul soit aussi compétitif que possible. Là-dessus, il y a une offre importante de Bolloré, qui est connu sur le continent pour son expertise dans le domaine portuaire. Et l’avantage de cette offre, ce qu’elle ne demande pas de la part des autorités gambiennes de souscrire à des prêts pour apporter son financement, c’est au groupe Bolloré d’apporter tout le financement. D’autres choses abordées, c’est le financement de l’électricité. J’ai compris que la question énergétique était urgente et sensible. Tout le monde me l’a dit. J’ai rappelé ce que des groupes comme EIFFAGE avaient pu faire au Sénégal dans un délai très bref pour monter des  centrales solaires de 25 à 30 MWT.

Voilà quelques exemples de sujets de discussion avec nos interlocuteurs. Sachant que j’avais conduis ici au mois de mai dernier une délégation des chefs d’entreprise français et que certains d’entre eux souhaitent poursuivre l’aventure en Gambie, comme le groupe Fruitière qui est intéressé par la filière de la banane Bio, comme elle le fait au Sénégal sur le fleuve Gambie. Cette entreprise souhaiterait le faire en Gambie sur le même fleuve. Il  y a d’autres sujets évoqués avec le Ministre de la Justice, notamment sur la commission justice et réconciliation. Sachant que des experts français étaient dans le pays pour partager leur expertise. Car la justice est importante dans cette nouvelle Gambie. La France était assez absente de la Gambie pendant la dictature sous Yaya Jammeh. Mais il y a quand même deux institutions qui avaient pu résister: L’Alliance française d’une part et l’école d’autre part. Nous avons pour ces deux instituts ce projet important qui est d’essayer de les réunir sur le même site afin de permettre la formation des enfants, des étudiants, des adultes, bref en un mot, un centre de formation francophone ici à Banjul.

Voilà quelques exemples de sujets de discussion avec nos interlocuteurs. Sachant que j’avais conduis ici au mois de mai dernier une délégation des chefs d’entreprise français et que certains d’entre eux souhaitent poursuivre l’aventure en Gambie, comme le groupe Fruitière qui est intéressé par la filière de la banane Bio, comme elle le fait au Sénégal sur le fleuve Gambie. Cette entreprise souhaiterait le faire en Gambie sur le même fleuve. Il  y a d’autres sujets évoqués avec le Ministre de la Justice, notamment sur la commission justice et réconciliation. Sachant que des experts français étaient dans le pays pour partager leur expertise. Car la justice est importante dans cette nouvelle Gambie. La France était assez absente de la Gambie pendant la dictature sous Yaya Jammeh. Mais il y a quand même deux institutions qui avaient pu résister: L’Alliance française d’une part et l’école d’autre part. Nous avons pour ces deux instituts ce projet important qui est d’essayer de les réunir sur le même site afin de permettre la formation des enfants, des étudiants, des adultes, bref en un mot, un centre de formation francophone ici à Banjul.

On l’avait fermée tout simplement par ce qu’on n’avait rien à faire. Le régime étant ce qu’il est, il n’y avait pas d’interaction possible avec la dictature. Nous avons décidé de mettre fin à cette antenne diplomatique et partir, au lieu de faire semblant.

Aujourd’hui, quelle sera la nature particulière de cette antenne diplomatique ?

Ce sera une antenne qui dépendra de l’Ambassade de la France à Dakar. Cette antenne  nous permettra d’avoir un diplomate ici qui sera un interlocuteur des autorités gambiennes et ce diplomate pourra au besoin demander à la France des moyens de coopération en matière de développement, d’économie, de justice, de sport, d’éducation de police ou de militaire. C’est une variété d’actions qui devront être discutées avec les autorités gambiennes. Moi je viens que tous les deux, trois ou quatre moi et c’est limite.    C’est  important d’avoir quelqu’un ici présent ici tous les jours, une adresse, un homme qui sera l’interlocuteur des autorités gambiennes.

S’agissant du colonel détaché auprès du Ministère de l’Intérieur, s’agit-il d’une participation à la réforme de l’armée gambienne ?

Il s’agit d’un élément de la Gendarmerie française et pas de l’armée. Ce colonel est placé auprès du Ministre gambien de la sécurité, Mai Ahmet Fatty. Il va lui apporter des conseils pour participer à reformer les services de sécurité.

Il apporte son expertise, sa connaissance et son savoir-faire. Par ailleurs, évidemment, tout comme colonel de la Gendarmerie française, il pourrait demander à la Gendarmerie française mais aussi à d’autres services présents en France comme la Police, l’Armée, des outils pour accompagner la réforme du service de sécurité gambien. Par exemple, on peut imaginer des éléments de service de sécurité gambien formés en France ou au Sénégal où nous avons des effectifs, soit pour des missions en Gambie, soit pour participer aux opérations de maintien de la paix.

Nous avons à Dakar ce qu’on appelle des éléments français qui participent à la formation de différents contingents ouest-africains qui sont envoyés dans les forces de maintien de la paix. Vous avez par exemple des soldats gambiens au Darfour. 

Si la Gambie souhaite participer à d’autres opérations de maintien de la paix,, il faut qu'elle forme davantage ses soldats

Author: Amadou Barry
Source: Picture: Christophe Bigot occupe cette fonction depuis juin 2016