Aujourd’hui, 23 août 1989 : Abdou Diouf gèle la confédération sénégambienne

Monday, August 26, 2019

Alors qu’elle est perçue comme un outil d’intégration entre le Sénégal et la Gambie, la confédération sénégambienne n’aura pas le temps d’atteindre les objectifs qu’elle se sera fixée. Sa vie n’aura duré que huit ans, et sa mort prématurée explique les difficultés liées à son existence et à sa mise en application. Le président Abdou Diouf, insatisfait de son apport et motivé par des considérations politiques, gèle ladite confédération le 23 août 1989.

A en croire le Premier ministre Habib Thiam, dans son livre « Par devoir et par amitié », l’idée d’un outil d’intégration entre le Sénégal et la Gambie avait déjà germé en 1960 mais avait « achoppé sur un nom ou une fonction ». Avec l’indépendance de la Gambie, le Président Dawda Jawara opte pour des relations privilégiées, fraternelles, avec les présidents Senghor et Diouf. Cette amitié entre les deux pays va « sauver » le président gambien du putsch orchestré en 1981 par Kukoy Samba Sagna.

Alors que le président Jawara était à Londres, le président Diouf envoie l’armée sénégalaise sur la demande du gouvernement gambien. Des soldats sénégalais y laisseront la vie, Jawara sera rapatrié de Londres à bord d’un avion envoyé par Diouf : c’est le début d’une franche collaboration. Cet évènement malheureux sera le facteur déclencheur de la naissance de la confédération sénégambienne quelques mois plus tard en 1982. Cependant, l’intégration économique ne sera pas effective à cause du manque de fermeté de la Gambie dans la lutte contre la contrebande.

Les prises de position du Président Jawara dans le conflit sénégalo-mauritanien déplaisent le Président Diouf qui s’offusque du soutien que le Gambien apporte au Mauritanien Ould Taya qui le révèlera à plusieurs reprises. En juillet 1989, le Président Jawara demande une présidence tournante de l’organisme, un allègement de la présence militaire sénégalaise en Gambie, et un nombre égal de sièges ministériels au sein du cabinet confédéral. Considéré comme une provocation, le Président sénégalais qui n’en peut plus de ces caprices décide de dicter sa volonté.

Saisissant la balle au bond, Abdou Diouf retire tous ses soldats qui étaient en terre gambienne le 19 août 1989. En pleine crise avec la Mauritanie, il franchit un autre pas après la rupture des relations diplomatiques avec Ould Taya consommée le 21 août 1989. Deux jours après, le 23 août, le président Diouf déclare le gel de la confédération sous prétexte que « celle-ci a échoué dans ses objectifs d’intégration des deux Etats » regrettant le fait que « les stigmates de la colonisation sont beaucoup plus tenaces qu’ils y paraissent ». La confédération sera effectivement dissoute le 30 September 1989.