Actualité nationale: Brève arrestation du politologue et universitaire gambien, Dr Ismail Ceesay

Friday, February 02, 2018

Les énigmes d’une arrestation qui rappelle la période Jammeh

Dr Ismaila Ceesay, ce professeur de Science politique à l’Université de Gambie très populaire dans le pays a passé la nuit de mercredi à jeudi en détention. Avant-hier, tard dans la soirée,  étudiants, collègues, journalistes et activistes s’étaient rassemblés pour exprimer leur soutien dans la soirée devant le siège de la Police de Banjul où il a été détenu. Cette arrestation pour “incitation à la violence » a suscité un tollé et une mobilisation générale sur la toile où l’on a dénoncé, “de vieilles méthodes qui rappellent de mauvais souvenirs aux Gambiens”. En référence au régime Jammeh où les arrestations arbitraires étaient monnaie courante dans le pays. Il a été libéré tôt ce matin de jeudi. Est-ce la fin de ce feuilleton où l’on souffle le chaud et le froid ? L’avenir nous édifiera.

Un an après le départ de Jammeh en Gambie, l’opinion nationale pensait que les arrestations pour délit d’opinion étaient révolues. Récemment, dans un entretien avec RFM (Radio Futurs Médias), le président Barrow déclarait que la liberté d’expression était une réalité en Gambie.

C’est une arrestation qui a surpris plus d’un. Cette brève arrestation aura secoué le pays en quelques heures. Apres avoir passé la nuit en détention au siège de la Police gambienne à Banjul, Docteur Ismaila Ceesay  s’est vu libérer tôt le matin de jeudi. Est-ce que le tollé et l’émoi qui auront pris le dessus sur cette affaire? Pour le moment, nous n’en savons pas davantage.

Docteur Ismaila Ceesay est professeur de Science politique à l’Université de Gambie avait pris le chemin de l’exil en Grande Bretagne, plus précisément en Ecosse sous le régime Jammeh. Par la faveur de l’alternance politique, l’année dernière, il est rentré au bercail, où  ses prises de positions très acérées et incisives sont très écoutéesdans le pays.

Cette brève interpellation est due à une de ses déclarations dans un journal de la place, The Voice. Dans cette déclaration, il indiquait que “la présence des forces de la CEDEAO, l’Ecomig ne suffisait plus pour la sécurité du pays, à long terme, si le président Adama Barrow ne gagnait pas la confiance de l’armée gambienne”.

Après la surprise, c’est la levée de boucliers et la mobilisation générale sur la toile. Les étudiants, le l’Université de Gambie, les membres de la société civile et certains activistes ont envahi le siège de la Police où il a été détenu.

L’opinion dénonce ce qu’elle “de vieilles méthodes qui rappellent les années de plomb du régime Jammeh”. Durant ces années, les arrestations arbitraires étaient monnaie courante dans le pays.

La nuit a été longue pour le Dr Ismaila Ceesay. Après des heures d’interrogation par la police et une nuit en détention, l’universitaire a été libéré tôt, ce jeudi matin, sous les cris et les chants de quelques dizaines de ses étudiants, ainsi que de journalistes et d’activistes, qui s’étaient réunis devant les quartiers de la police nationale à Banjul.

La sécurité du pays est en effet partagée entre l’armée gambienne et les forces régionales de la Cedeao. Actuellement, 500 hommes sont toujours déployés sur le territoire gambien. Une présence militaire étrangère qui ne plait pas à tout le monde.

A peine apprise, la nouvelle de l’arrestation du Dr Ceesay a enflammé les réseaux sociaux. Le hashtag #FreeDrCeesay était le plus utilisé dans le pays, dans la nuit de mercredi à jeudi.

Les professeurs d’université ont alors appelé à une grève, exigeant la remise en liberté « inconditionnelle » d’Isamaila Ceesay. L’association des étudiants a pour sa part appelé à une manifestation de soutien, et exigé des « excuses » de la police. Cédant à la pression, la police a accepté, mercredi soir, la remise en liberté de l’universitaire. Sauf que ce dernier a d’abord refusé de quitter les lieux sans explications ou excuses de la part des forces de police.

Jeudi matin, alors que beaucoup de membres de la société civile attendaient des explications de la part des autorités, le bureau de l’inspecteur général de police a affirmé par voie de communiqué que l’interrogatoire du Pr. Ceesay avait pour but de « clarifier des propos en liens avec une enquête en cours ».

En interpellant l’enseignant, la police a « fait son travail, car elle a de bonnes raisons de croire que la sécurité nationale est en danger », a insisté David Kujabi, son porte-parole.

Près de quarante activistes et journalistes étaient réunis dans la banlieue de Banjul ce jeudi matin pour décider des actions à prendre pour lutter contre ce qu’ils qualifient de « violation de la liberté d’expression ». Ismaila Ceesay, présent à cette réunion après une nuit sans sommeil, se dit déçu : « Après 22 ans à lutter contre une dictature, nous croyions avoir créé une nouvelle Gambie. Mais il est toujours possible de se faire arrêter pour ses opinions. »

Pour les militants présents lors de cette réunion de soutien au Pr Ceesay, l’arrestation présente des ressemblances troublantes avec les tactiques de l’ancien président Yayah Jammeh, connu pour des arrestations arbitraires et les disparitions d’opposants. Un avis qui trouve un large écho sur les réseaux sociaux.

Au micro de Jeune Afrique, Madi Jobarteh, directeur adjoint de TANGO, l’Association gambienne des organisations non-gouvernementales, martèle « Cela confirme qu’en Gambie, le système n’a pas changé »,  « Les gambiens doivent être préparés à se battre pour un changement réel de système, pour la protection des droits humains et de la démocratie, assène ce militant. Toutes les lois qui étaient utilisées pour empiéter sur les droits humains sont toujours en place. »

Contacté, les nouvelles autorités n’ont pas voulu s’exprimer sur le sujet. 

Source: Photo: Dr Ismaila Ceesay, convoqué et détenu brièvement